Brokeback Mountain Forever


 
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 Retour à Brokeback Mountain

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wappa

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MessageSujet: Retour à Brokeback Mountain   Sam 13 Oct 2007 - 13:08

Towncar , je déguste ton récit , toute contente de l'avoir retrouvé Very Happy
98 pages , je prends mon temps !! I love you
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jacktwits

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Sam 13 Oct 2007 - 13:26

wappa a écrit:
Towncar , je déguste ton récit , toute contente de l'avoir retrouvé Very Happy
98 pages , je prends mon temps !! I love you
98 pages ?! wow ! où ?
'connais plus d'un qui
vont se délecter I love you

Merci Touncar de ta délicate attention

Cool
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wappa

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Sam 13 Oct 2007 - 15:10

je crois que Towncar va te l'envoyer si tu lui demandes gentiment par MP , Arauco flower
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Cliffy4479

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Dim 14 Oct 2007 - 22:52

jacktwits a écrit:
wappa a écrit:
Towncar , je déguste ton récit , toute contente de l'avoir retrouvé Very Happy
98 pages , je prends mon temps !! I love you
98 pages ?! wow ! où ?
'connais plus d'un qui
vont se délecter I love you

Merci Touncar de ta délicate attention

Cool

bounce bounce bounce Oui je me suis déja délectée et hâte de redélecter! Very Happy En plus cette foi ci pas toute seule.......... bounce bounce bounce
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Towncar

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MessageSujet: RETOUR A BROKEBACK MOUNTAIN I   Lun 15 Oct 2007 - 8:59

RETOUR A BROKEBACK MOUNTAIN

*

Qu’elle soit naturelle, issu d’un cruel destin ou voulue par la main de l’homme. La mort d’un être aimé est-elle une finalité ?

Que l’on soit athée ou croyant, chacun imagine son Paradis. Terre promise ou pour une éternité, le rêve devient réalité. Siège d’une nouvelle vie qui s’épanouira dans la joie avec ceux qu’on a aimé à l’abri de toute souffrance. La démesure de ce jardin d’éden est à hauteur de notre peur d’y poser un jour le pied.

Pourtant le Paradis est parfois bien peu de chose.

Laissons à chacun de son vivant le droit d’ouvrir le portail et d’entrer sans crainte dans son rêve. Il se cache sous le bleu d’une planète nommée Terre de bien beaux jardins. Si l’Amour est une force de la nature, il en est aussi une des clés.

Quant aux Paradis célestes,… qu’ils attendent.

* * *

Au bout de l'impasse S.RIDCHARD, à la sortie sud de Riverton petite commune du Wyoming, au numéro 25, se trouvait la demeure des SWEETNEY. Au second étage dans sa chambre mansardée, Ennis-Jack SWEETNEY ou plus communément appelé E.J. était face à son ordinateur depuis plus de deux heures maintenant, il essayait de mettre de l'ordre dans ses cours. Les révisions en vue d'obtenir son examen de fin d'année ne lui laissaient que très peu de temps libre pour ses loisirs. Dans la cuisine juste en dessous, Alma : sa mère, était de corvée de repassage, sur la télévision 36 cm, elle essayait de suivre une série policière dont la finalité l’à laissait perplexe.

- M'am, tu n'as pas vu mes cahiers de cours de l'année dernière ?
E.J. sur la première marche en haut de l'escalier s'égosillait.
- Qu'est-ce que tu dis ?
- Mes cahiers, Année dernière, Allo !
- Regarde sous la sous-pente à gauche de l'escalier, il y a des cartons…Je crois qu'ils sont dedans.
- Merci, M'am !

Alma venait de finir son repassage quand E.J. entra dans la cuisine tenant dans ses mains une boîte cartonnée poussiéreuse fermée par un ruban jaune.
- M'am, qu'est-ce qu'il y a l'a dedans ?
À la vue de ce que tenait son fils, Elle eut un coup au cœur.
- Bien des souvenirs, E.J…Tu tiens dans tes mains l'histoire d'une vie.
E.J. avait posé la boîte sur la table, sa curiosité piquée au vif, il attendait que sa mère lui en dise un peu plus sur le contenu mystérieux de cette boîte. Alma s'approcha de la table, prit la boîte qu’elle essuya délicatement avant de l'ouvrir.

À l’intérieure protégée par une feuille de soie blanche était dissimilé : une enveloppe sur laquelle, on avait inscrit le prénom : Jack. Ce mot était raturé et l'on avait rajouté : Alma. Elle posa l'enveloppe sur la table. Deux chemises usagées soigneusement plier sur lesquelles reposait une veille, carte postale jaunie d’une vue panoramique d'une montagne. E.J. la prit délicatement.

- Maman …C'est le mont Brokeback, non ?

Elle regarda la carte et acquiesça d'un signe de la tête, puis elle déplia délicatement une à une les deux chemises, qu’elle posa sur la table. E.J. trouvait ces chemises élimées et sales, répugnantes.

- Maman, pourquoi tu gardes ces vieilleries ?

- C'est tout ce qui me reste de mon père, E.J.

Elle se tourna vers la fenêtre pour regarder la chaîne de montagnes.
- Et mes souvenirs.

E.J. était né après la mort de son grand -père maternel, il ne savait pas grand-chose de cet homme. Cette découverte allait lui permettre d'en savoir un peu plus.

- Je fais une pose … je te sers une tasse de café et tu me racontes ?
Alma regarda son fil, il y avait tellement à dire. Elle prit place sur une chaise.

- L'histoire de ces deux chemises remonte à l'année 1963 …mais c'est à la mort de Jack Twist en 1983 que ton grand-père…

-------------------------------------------------------------------------------------

Cette nuit était particulièrement chaude et claire pour un mois de mars, Ennis bras croisés en appuis sur la balustrade de l’enclos aux chevaux martelait du bout d’une de ses bottes la terre sèche. Au loin se dessinait la masse noire de la chaîne de montagne dont les sommets rocheux semblaient crever le ciel étoilé. Il ne parvenait pas à quitter du regard la montagne qui semblait le défier, lui rappeler ce qui avait été, ce qu’il avait perdu.

Il se redressa, frappa du point avec force à plusieurs reprises le rondin de bois qui résonna sous les coups. Il baissa la tête submergée par les remords et toujours cette culpabilité qui ne le quittait pas. La pleine lune était au rendez-vous comme en 1963 épiant ses faits et gestes.

- Tu te souviens ?

Lança-t-il à cette lune insolente gardienne de tant de secrets. La montagne, le hurlement d'un coyote, un troupeau de moutons au bord du chemin et sa mémoire le ramenaient inexorablement sur le mont Brokeback. D’un doigt, il essuya une larme qui descendait le long de sa joie. La douleur aigue qui le harcelait, était-elle due aux coups, ou à une blessure plus ancienne ? Les secondes, les minutes, les heures…Ce temps que l'on ne peut arrêter resterait-il à jamais un puissant ennemi ? Jamais de juste milieu avec le temps.

- Hum… Un jour, encore un.

Il réajusta son stetson en paille tressée, Il devait malgré tout continuer à faire semblant sous le regard des autres.

Ennis en père modèle avait conduit sa fille jusqu'à l'autel comme il se l'était promit. Alma Junior depuis son mariage avec Kurt était devenue une femme à part entière avant de devenir à son tour une maman attentionnée. Dans l’année qui suivit son mariage elle donna le jour à Jane puis à Mike surnommé Ouistiti pour sa facilité à grimper sur tout objet plus haut que lui.

Kurt était un mari et un père comme Alma en avait rêvé dans sa jeunesse. Il était souvent absent contraint par son travail dans une compagnie pétrolière à faire chaque semaine de nombreux déplacements, mais ces contraintes permettaient de mettre la famille à l’abri du besoin.

Il gagnait bien sa vie et savait être présent à chaque fois que cela devenait nécessaire, ne serait-ce que pour entretenir l'amour qu'il partageait avec sa femme et ses enfants. Leurs week-ends étaient toujours consacrés à la famille avant tout.

Alma avait un autre homme dans sa vie, pour lequel elle avait une affection sans limites : son père Ennis. Il était devenu un repère dans sa vie, une bonne étoile. En fait-tout avait changé le jour où elle était venue lui annoncer son futur mariage. Pour quelle raison ce changement ? Elle n'en avait aucune certitude, mais il se montrait d'année en année un père attentionné et elle partageait avec lui bien des secrets que mêmes son mari n'avait pas à connaître. Elle n'avait qu'un regret son impuissance à lui rendre la joie qui l'avait abandonnée. Oh ! Bien sûr, il savait sourire quand les circonstances l'exigeaient. Il prenait plaisir à jouer avec ses petits-enfants et riait de bon cœur aux pitreries de Ouistiti, mais ce n'était qu’une façade. Elle en était convaincue.

Cet homme portait un fardeau bien trop lourd pour ses épaules et plus par respect qu'autre chose, elle ne lui avait jamais posé la moindre question. Elle faisait juste son possible pour lui apporter un peu de tendresse. Pour elle ce manque d'amour était la cause de ce repli sur lui-même, pourquoi ne s’était-il pas remarié, où simplement eu quelques aventures avec des filles de la région ?

La première année après la disparition de Jack fut la plus dure pour Ennis. Bien des fois il aurait souhaité le rejoindre et mettre ainsi fin à sa souffrance, mais il n'avait pas le courage pour une telle extrémité, quand tu ne peux arranger les choses, il faut faire avec.
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Towncar

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MessageSujet: Suite I   Lun 15 Oct 2007 - 9:04

Il s'était même réfugié dans l'alcool quelque temps, histoire d'oublier, mais son travail commençait à s'en ressentir et ce n'était pas acceptable pour lui. Les factures, la pension suite au divorce tombaient chaque mois, il devait les honorer. Quant à ses flash-back presque quotidiens, ce n'était qu’une punition pour ne pas avoir su faire le bon choix au bon moment. S’il avait bien perdu quelque chose, c'était sans le moindre doute l'Amour.

Jack était le seul, l'unique, capable de lui apporter cette chose comme il disait. Cette connexion qui lui faisait cruellement défaut. Il partageait avec lui un sentiment unique, indéfinissable, qu'il n'aurait jamais imaginé un jour pu connaître, encore moins avec un homme. Ennis n’avait pas été éduqué, préparé pour faire face à une telle destinée et s'il avait fait de son mieux pour en assumer les conséquences. Le plus dur restait à faire car personne ne pourrait remplacer Jack, non personne !

Alma s'était habituée à ne connaître de son père que sa solitude, et sa vie en ermite dans cette petite maison qu'il louait pour une modique somme à son employeur : Monsieur John Baker. John Baker était propriétaire d'un ranch de renom sur la commune de Riverton. Il louait les services d'Ennis depuis des années. Ennis était un honnête travailleur, il avait donc tout naturellement fait sa place au ranch comme ouvrier modèle et s’était attiré la sympathie de John. Mais pour Alma, la petite maison louée n'était qu'un prétexte pour réduire la distance qui séparait son père du domaine. Cet arrangement était pourtant honnête, la maison était spacieuse et bien plus attrayante que cet horrible mobil-home qui n'était plus qu'un mauvais souvenir.


Jane était chez sa tante Jenny pour quinze Jours. Jenny la deuxième fille d'Ennis avait fini par quitter le nid familial, s'était mariée et vivait maintenant sur la côte Ouest à L.A. Elle ne revenait que très rarement à Riverton, mais gardait le contact prenant des nouvelles par courrier ou par téléphone à l'occasion mais ce dernier moyen était d'un prix exorbitant.

Ouistiti avait quant à lui eu la permission de passer deux jours chez son ami James Mac Cosson. Alma connaissait bien cette famille modèle, elle n'avait pas à s’inquiéter. Marie, une amie de longue date prendrait soin de son fils comme si c'était le sien et puis Mike depuis le départ de sa sœur se sentait un peu seul. Alma était libérée de son rôle de mère, le quotidien des corvées ménagères pouvait attendre. Elle décida de passer la journée avec son père. Elle savait qu'à cette époque de l'année le ranch tournait au ralenti. Elle trouverait sans aucun doute Ennis chez lui et au pire elle n'était qu'à une vingtaine de minutes en voiture de la petite maison, l'aller-retour serait une agréable escapade.

Il était à peine onze heures quand Alma au volant de son énorme Suburban* pénétra sur la petite allée à peine plus large que son véhicule. Elle aperçut Ennis qui semblait se battre avec l'un des volets bleu ciel de la petite maison. Elle annonça son arrivée à grands coups de Klaxon avant d'arrêter le véhicule.
- Eh ! Alma ma chérie, que fais-tu là ?
Elle venait de claquer la portière.
- J'ai décidé de passer la journée avec toi !
Il lui sourit et comme à son habitude baissa la tête pour se cacher derrière son chapeau.
-Yup !

* Suburban : Model de véhicule 4/4 de marque Chevrolet.

Elle savait qu'il était heureux de passer du temps avec sa fille, ils s'embrassèrent. Ennis lui pris la taille et ils allèrent s'installer dans la cuisine pour la traditionnelle tasse de café de bien venue. Le volet pouvait attendre. Comme à leur habitude la première conversation tourna autour de la famille pour s'enquérir des dernières nouvelles de chacun, puis vint le travail au ranch et d'autres banalités sans grande importance. Il avait laissé sur la table une liste de courses griffonnée à la va-vite qui attira l'attention d'Alma. Elle prit le papier.
- Tu n'as pas fait les courses ?
Il venait de reposer sa tasse.
- Non, et le frigo, il est plutôt vide.
Elle secoua la tête.
- Bon, je fonce avant que la supérette ne ferme.
Elle avait déjà gagné le seuil de la porte.
- Je te laisse à ton volet !
Il regarda de la fenêtre s'éloigner à vive allure la grosse Chevrolet.
- Yup !
Il allait débarrasser la table quand il entendit de nouveau le son d'un Klaxon, Alma avait sans doute oublié quelque chose ? Mais de la fenêtre qu'il venait à peine de quitter, il vit arriver à vive allure la camionnette des services postaux.

Bob sortit du véhicule un bloc de feuillets de réception à la main. Il réajusta sa casquette et se planta devant son véhicule.
- Monsieur Ennis Del Mar, c'est bien toi ?
Ennis se tenait sur le seuil de la porte.
- Il faudrait voir à faire suivre ton adresse, Vieux ! Tiens signe là, j'ai un colis pour toi.
Ennis qui l’avait rejoint lui serra la main et signa le document. Il n'attendait rien pourtant. Bob monta à l’arrière de sa camionnette.
- Ennis ! Tu diras à Alma, qu'elle conduit comme une malade !

Il réapparut arborant un large sourire et déposa un colis de moyenne taille dans les bras d'Ennis.
-Fait gaffe, il paraît que c'est fragile, c'est marqué dessus…Ne fait pas cette tête l'a, il ne va pas te sauter à la figure ce colis !
Il avait déjà repris place derrière le volant et dans un éclat de rire.
- Tu n'es pas assez important pour ça, salut vieux !
Il ne lui laissa pas le temps de répondre. La camionnette prenait déjà le large, laissant derrière elle un nuage de poussière.

Pour Ennis cet envoi ne pouvait provenir que de Jenny, il se demandait quelle idée saugrenue avait pu lui traverser la tête. Il venait de déposer le colis sur la table de la cuisine, quand ses yeux se posèrent sur l'adresse de l'expéditeur : Mme veuve Eléonore Twist. Il se laissa tomber sur la première chaise à sa disposition, se figea, son regard fixé sur le colis. Il ne voyait plus que lui. Tout ce qui se trouvait autour n'avait plus de consistance, devenait flou. Ses deux mains en appui sur le rebord de la table ne cessaient de trembler et il répétait le seul mot que son cœur ne parvenait plus à dissimuler "Jack".

Quand Alma de retour fit son entrée dans la cuisine les bras chargés de victuailles, Ennis n'avait pas bougé d'un millimètre.
-Tu pourrais m'aider quand même…Tu as fini de réparer le volet ?
Alma déposa ce qu'elle tenait dans les bras sur la table et fixa du regard son père, son teint blafard n'annonçait rien de bon.
-Papa ! Que se passe-t-il ?
Ennis, ne quittant pas des yeux le colis, dit d'une voix étranglée.
-Jack… c'est Jack !
Alma n'y comprenait rien.
- Jack ?
Jamais elle n'avait vu son père dans un tel état. Son regard se porta sur le colis qui côtoyait ce qu'elle venait de déposer.
Elle secoua énergiquement la tête et prit sur elle de décacheter l'enveloppe scotchée sur le colis pour en lire le contenu à haute voix.

M. Del Mar, Je sais que mon fils me pardonnera mon geste peu orthodoxe, il a besoin de vous encore aujourd'hui, je sais que vous prendrez grand soin de lui.
Eléonore Twist.


Elle retourna la lettre à plusieurs reprises mais ne trouva rien de plus pour expliquer le mystère de ces quelques lignes manuscrites. Elle regarda son père qui restait figé comme une statue de marbre. Emportée dans son élan, Elle attrapa un couteau, hésita quelques secondes et ouvrit le colis, elle en sortit une multitude de feuilles de vieux journaux froissés avant de découvrir un sac de velours rouge, qui s'instillait à la lumière du jour, un cordon bordeaux aux brins torsadés en fermait l'ouverture. Après avoir déposé le sac et son contenu sur la table, Elle tira sur l'une des extrémités du cordon qui libéra le sac, qui glissa, laissant apparaître un magnifique vase de fine porcelaine. Le couvercle comme un chapeau chinois était celé au vase et richement ornementé d'enluminures dorées avec cette inscription :

Jack Twist 1944 -1983.

Elle prit place à son tour sur l’une des chaises, Jack était donc mort ? Elle avait de vagues souvenirs de cet homme, qui était un très bon ami de son père. Elle se souvenait, en particulier de son arrivée, Klaxon hurlant peu de temps après le divorce de ses parents, et ce départ précipité à peine arrivé qui avait suscité beaucoup d'interrogations chez les deux jeunes filles.
Elle réalisa à quel point son père devait souffrir à l'annonce de cette terrible nouvelle. Mais par-dessus tout, ce qui l’intriguait, c'était que l'urne contenant les cendres de ce Jack se retrouve sur la table de cuisine d'Ennis.

Ennis était sorti de sa torpeur. Il se tenait debout hésitant, cherchant ce qu'il devait faire. Pour lui, c'était comme si la porte s'était ouverte brusquement et que Jack avait fait éruption dans la pièce. De ses deux mains tremblantes, il saisit délicatement l'urne où reposait Jack, qu'il porta jusqu'à ses lèvres pour déposer un tendre baiser sur la porcelaine froide. Puis d'une main, il serra l'urne contre son cœur alors que de l'autre du bout des doigts, il caressait la fine porcelaine. D'une voix douce chevretant, il ajouta.
- Jack, ne t'inquiète pas, tout va bien, je suis là.

Alma le regardait pleuré pour la première fois. Elle ressentait sa douleur, suivant du regard les larmes qui glissaient sur ses joues tandis qu'il tentait vainement de retenir ses sanglots. Elle ne savait plus que penser de la détresse de ce père qu'elle aimait tellement, elle aurait voulu disparaître pour le laisser en paix.

Ennis essuya d'un revers de la main les dernières larmes sur ses joues. Alma le regardait fixement submergée par une tonne de questions. Il ne pouvait plus reculer. Il lui tendit sa main.
- Je crois que le temps des secrets est révolu.
Et il l'entraîna dans sa chambre. Il déposa délicatement l'urne sur la table de chevet et ouvrit l'une des portes de son armoire, qui fit se balancer sur leurs cintres les deux chemises qui ne l'avaient jamais quitté depuis leur découverte dans la petite chambre mansardée de Jack chez ses parents. Il caressa le col de jean bleu et murmura "Jack", il regarda sa fille assise au bord du lit. Il se tourna vers la fenêtre, prit une profonde inspiration et commença son récit.
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Towncar

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MessageSujet: Suite I   Lun 15 Oct 2007 - 9:09

-Voilà, Alma. Tout est arrivé en 1963, Jack et moi, avions était embauché pour garder des moutons sur les hautes prairies de Brokeback Mountain…Nous avions à peine 19 ans …

Elle écoutait son père sans l’interrompre. L’histoire ainsi contée, lui déchirait petit à petit le cœur.

Tous les mots qu'elle entendait, le ton de sa voix empreinte d'amour, cette chemise en jean usée qu’il serrait contre son cœur, et les larmes qui inexorablement refaisaient leur apparition. Elle trouvait enfin les réponses à toutes ses interrogations sur la vie de son père. Malgré cette révélation, il n’y avait aucune colère, aucune crainte, aucune question, tout devenait limpide. Elle enlaça le bras d'Ennis qui avait pris place à ses côtés et posa sa tête sur son épaule.

Quand pour Ennis, l'histoire de sa vie prit fin, un silence pesant régnait dans la chambre. Elle fut la première à rompre ce silence.
- Papa…Pourquoi ?
Il chercha une raison. Qu’il ne trouva pas.
- Je n'en sais rien, Alma.
Elle dévisageait son père, son regard trahissant son émotion.
- Je voulais dire…Pourquoi n’as-tu pas suivi Jack après ton divorce ?!
Il regarda sa fille d'un air interrogateur. Combien de fois cette même question, se l’était-il posé ? Sans y trouver la moindre réponse. Il n’avait qu’une certitude, ce jour-là, il avait commis l’erreur de sa vie.


Pourquoi avait-il envoyé ce mot à Jack lui faisant part de son divorce ? Celui-ci sans la moindre hésitation avait tout abandonné et parcouru les routes pour le rejoindre au plus vite persuadé que le siège passager pour une fois au retour serait occupé, ou que son pick-up finirait ses jours au Wyoming.
- La seule chose que je peux dire aujourd’hui, Alma.
Il fit une pause, elle venait de lui prendre la main.
- Ma chérie, toi aussi un jour tu auras des choix difficiles à faire…ne fait pas comme ton vieux père.
Elle regarda la chemise que son père semblait ne plus vouloir lâcher.
- C'était celle de Jack ?
Ennis dans son récit avait oublié ce passage. Pourtant c'était sans aucun doute la plus belle preuve d'amour que son Jack lui avait laissés.

De cette découverte, Ennis avait complètement revu sa position concernant leur avenir, mais il était déjà trop tard.
Il continua sur sa lancée et lui raconta sa visite aux parents de Jack, peu de temps après sa disparition.

Elle posa sa main sur l’étoffe de jean bleu. Elle qui depuis le début avait su se montrer forte ne pouvait retenir davantage ses larmes. C'est sans difficulté qu'elle avait transposé le récit, Jack s'effaçant au profit de Kurt et elle devenait l'innocente victime de ce cruel destin.

Il préféra ne pas intervenir, il fallait que sa fille fasse le douloureux chemin toute seule. Comme lui l’avait fait et le faisait encore.
- Que vas-tu faire maintenant ?
Lui demanda Alma.

Depuis l'arrivé de ce colis inespéré il savait ce qu'il avait à faire, en vingt ans il n'avait cessé de se montrer impitoyable avec Jack, Dieu seul sait que s'il n'avait écouté que son cœur, les choses auraient été bien différentes. Il se devait de mener jusqu'à son terme le souhait de celui-ci, retourner à Brokeback Mountain.

Seulement il était terrorisé à l’idée de remonter à Brokeback, il savait que ce retour aux sources serait un véritable chemin de croix, ce qu'il traversait n'était rien comparé à ce qui l'attendait au pied de la montagne, chaque détail de leur séjour avait été gravé inconsciemment dans sa mémoire, même après cette cruelle disparition, il s'était refusé à remettre un pied sur le mont Brokeback. Pourtant il continuait année après année à revisiter tous les lieux où ils avaient partagés un moment de vie à deux.

Pourtant tout n'avait pas toujours été rose et bien des fois leur réunion avait tourné rapidement à la tragédie, mais chaque fois que l’heure d’une nouvelle séparation venait à sonner, la tragédie laissait place au drame. Ce qu'ils avaient pu se dire auparavant n’était rien.

Ennis se souvenait qu’à l'heure de la séparation, après une semaine de complicité passée à Heavy Stone. Jack avait tourné talons très rapidement pour une fois, après tout ce n'était qu'un au revoir de plus.

Mais alors qu'il montait dans son pick-up, il remarqua que celui-ci s'était arrêté à quelques mètres de son propre véhicule. Il portait chapeau bas, de toute évidence il ne supportait pas cette nouvelle séparation. Ennis était descendu de son pick-up.

- Jack, je t'en pris ne rend pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà.
À ces mots, il s'était retourné, Ennis lui tendait les bras, il s'y précipita.
- Je ne peux pas, Ennis !
Il le serra fortement dans ses bras, et lui fit une promesse, qu'il ne put tenir.
- Ok ! Jack je vais m'arranger pour me libérer pour novembre.
Ils échangèrent un dernier baiser, puis chacun repris sa route, le soleil de cette fin août disparaissait déjà à l'horizon.

Il regarda sa fille et dit d'une voix assurée.
- Ramener Jack sur Brokeback Mountain.

Le premier réflexe d'Alma fut de lui dire qu'ils feraient la route ensemble. À ces mots, il était plutôt heureux de ne pas traverser seul cette épreuve, que sa fille ne soit pas fâchée, déçue de ce qu'elle venait d'apprendre sur son honorable vie, mais il savait que ce retour aux sources, il devait le faire seul.
- Alma, Jack m'a dit une fois, cela ne regarde personne que nous !
Elle posa une nouvelle fois la main sur la chemise, que son père avait fini par abandonner sur le lit.
- Oui, je comprends.

La chemise sur son cintre avait retrouvé sa consœur sur le clou planté sur la porte de l'armoire. La carte postale suspendue par une punaise avait perdu de ses couleurs, la vue de Brokeback Mountain avait pris une teinte bleu pastel.
Sur la deuxième étagère juste à côté d'autres chemises empilées l'une sur l'autre, le sac de velours rouge protégeant de nouveau l'urne avait trouvé une place de choix en attendant le dernier voyage.

Ennis debout face à la fenêtre, le regard perdu sur la campagne environnante semblait heureux. Heureux était un bien grand mot !
Il se sentait juste bien, reposé comme après une bonne nuit de sommeil. Il tirait de grosses bouffées sur sa cigarette, qu'il finit par écraser dans le cendrier qu'il tenait dans son autre main. Il se tourna face à l'armoire, eut un moment d'hésitation et finit par la refermer. Il prit place sur le bord du lit et entama un monologue.
- J'ai sacrifié ce que nous avions sur l'autel du quand dira-t-on, et regarde où j'en suis maintenant, Jack. Seras-tu me pardonner un jour ? Je ne te laisserai pas tomber cette fois –ci.
De la cuisine lui parvenaient les bruits familiers des placards que l’on ouvre, l’eau qui coule dans l’évier. Il tourna la tête vers la porte de sa chambre quelques secondes, se leva pour rejoindre sa fille.
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Lun 15 Oct 2007 - 9:37

Salut à tous !

L’administrateur ma autorisé à déposer ici ma vision d’un Retour à Brokeback Mountain, J’ai essayé de respecter l’histoire originale et Annie Proulx.

Celle-ci nous avait dit : Cette histoire ne m’appartient plus, je vous la donne ! À vous d’en faire bonne usage.

Depuis le début : Jack….. I swear …. Est un énorme point d’interrogation, même Annie ne veut donner mot pour nous conforter dans ce que nous pensons être possible. Mais le principal est de reconnaitre qu’aucune conclusion n’est à même de nous satisfaire et que chacun cherche une façon de réunir pour une éternité nos deux amis.

C’est ce que j’ai tenté de faire …….
Je respecte les internautes qui ne conçoivent pas de suite à BBM, pour les autres, j’espère qu’ils auront (comme l’auteur) pu enfin mettre un point final à cette magnifique histoire.

La suite sera en ligne bientôt !

Michel
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wappa

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Lun 15 Oct 2007 - 11:30

Towncar , tu as une très belle idée de nous copier ici ta suite " à toi "
Je pense qu'elle ne trahit en rien la nouvelle d'A. Proulx
Personnellement , j'ai lu les deux et elles ne se sont pas téléscopées .
Juste une autre vision de la fin ( de plus cette vision correspond bien à ce que j'aurais souhaité ) et cette autre fin ne fait jamais d'ombre à la première ........
Merci encore , je pense même que cette fin là peut consoler ceux qui n'acceptent pas ou très mal celle de l'auteur

flower I love you flower
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MessageSujet: Suite II   Mar 16 Oct 2007 - 18:57

Àlma dans la cuisine venait de ranger les courses qu'elle avait abandonné quelques heures auparavant sur la table. Midi était passé depuis bien longtemps et à défaut d'un véritable repas, elle préparait une nouvelle tournée de café. Dans une assiette, elle avait disposé en arc de cercle quelques parts de gâteau à la cerise. Elle ne nourrissait aucun ressentiment contre son père. Elle ne voyait en Ennis qu'un homme que la vie malmenait. La vérité n'avait fait que renforcer le lien qui les unissait. Elle se jura juste une chose le secret de Brokeback Mountain seul son père en avait la clé. De ce jardin secret, elle n'en parlerait jamais à personne. L'eau dans la casserole commençait à frissonner, elle éteignit la gazinière. Dans la cuisine flottait l'effluve du café fraîchement moulu.

Ennis tenait dans sa main le mot de Mme Twist qui accompagnait le colis.
- Tu sais Alma, cette femme est une Sainte.
Elle sursauta et se tourna vers son père, qu'elle n'avait pas vu entrer.
- En tout cas elle devait aimer son fils.
Il se demanda s'il devait percevoir une quelconque allusion dans cette affirmation.
- Je suis bête, cette femme est aussi une mère.
Renchérit Alma. Il reconnut en ces mots, le côté maternel de sa petite chérie.
Il sursauta à son tour.
- Nom de dieu, Alma ! Cette femme doit être horriblement inquiète.
Ennis prit sa veste et son chapeau à la volée dans l'entrée.
- Je file à la poste, je prends ton 4/4 !
Ce qu'il ne vit pas, c'est le sourire de sa fille, elle avait eu la même réaction quelques secondes avant lui. Elle ne comptait plus les fois où elle s'était inquiétée pour ses enfants.

Ennis ne mit qu'une dizaine de minutes pour rejoindre le centre de Riverton, les agents de poste avaient la réputation de ne pas faire d'heures supplémentaires, il n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être mais par bonheur l'agence était ouverte.

Mme Twist je vous présente toutes mes condoléances pour la perte de votre mari. Jack est avec moi, je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance pour votre geste. J'emmènerai Jack à Brokeback - Ennis.

Il mit la petite carte de liaison prépayée dans la boîte. Il ponctua dans un murmure son geste d'un "Merci".

En sortant de la petite poste Il plaqua une de ses mains sur l'aile de son pick-up, le passé venait de le rattraper. Il se revoyait sortir de cette même poste le cœur battant avec cette prière que Jack soit bien présent au rendez-vous. Quatre ans qu'ils ne s'étaient revus depuis leur rencontre, et ce mot "Tu paris". Si seulement il pouvait faire machine arrière. Il prit appui, dos sur le pick-up, la douleur de ce souvenir devait prendre le large avant qu'il ne puisse reprendre le volant.

Ennis avait déjà un pied dans son pick-up quand débouchant du coin de la rue, il aperçut Alma qui se dirigeait d’un pas rapide dans sa direction. Il aurait pu prendre place rapidement derrière le volant, démarrer, faire comme s’il ne l’avait pas vu, mais pourquoi fuir ?

- Ennis.
Sa voix était froide comme la glace, son visage grimaçant.
- Tu as vu Alma junior ?
- Bonjour, Alma…Elle est à la maison.
Maquillée et coiffée comme une reine, dans sa robe à la mode, des escarpins neufs aux pieds, elle aurait pu faire illusion dans le boudoir d’Eleanor Baker mais pour lui, elle ne lui arriverait jamais à la taille.
- Comment va Mooroe ?... Il semble que tu aies trouvé un bon parti.
- On ne peut pas en dire autant de toi mon pauvre Ennis.
Elle fit une pause, le regarda de la tête aux pieds avant de lui lancer, piquée au vif.
- Dit moi Ennis, comment va ton ami Jack Twist ? La pêche te passionne toujours autant ?
- Jack est mort, Alma.
Elle le regarda droit dans les yeux avec un sourire de coin.
- On ne vit pas dans le pêché sans en payer le prix un jour, dieu veille sur nous.
Comment pouvait-elle se montre aussi indifférente ? Ennis sentait la colére monter en lui.
- Dieu à bien d’autres chats à fouetter. Je ne pense pas qu’il ait quelques choses à voir dans sa mort…

Il ne reconnaissait en rien la jeune femme qu’il avait épousé, il y a des années. Depuis leur séparation il s’était convaincu que même s’il l’avait aimé, rien n’aurait pu empêcher la discorde et ce divorce. Jack n’avait fait que précipiter les choses. Dieu ne pouvait le condamner pour ne pas suivre à la lettre ses vœux de mariage, Jack était l’un de ses enfants après tout. Serait-il un si mauvais parent pour imposer à sa progéniture une telle épreuve.
Ennis ne connaissait que la solitude et le vide sentimental depuis la disparition de Jack. De son travail assidu, une copie ainsi rendue à un examen lui aurait valu un 20/20. De son côté Alma avait trouvé rapidement le réconfort dans les bras de Mooroe et par là même le moyen de se mettre à l’abri financièrement. Il était convaincu que l’amour n’était pas une priorité dans ce second mariage et que son mari devait en être la première victime.

- Mais si cela peut te faire plaisir…Croit ce que tu veux.
Alma d’un air hautin réajusta le sac qu’elle portait en bandoulière.
- Dit à ta fille que je suis passé.
Elle fit demi-tour et pénétra dans l’agence postale.

Aucune parole de politesse pour clore leur rencontre, Ennis ne méritait pas un tel traitement de la part de cette femme. Il se sentait terriblement blessé par une telle indifférence. Cela le confortait dans l’idée que Jack avait dû subir bien davantage. Il regarda la porte vitrée de l’agence et murmura "Je lui dirais, à une prochaine fois peut-être". Il réajusta son chapeau avant de monter dans son pick-up.

Quand celui-ci reprit place dans la cuisine, Alma, qui attaquait un nouveau morceau de gâteau, lui caressa la main. Comme à son habitude arborant un large sourire il baissa la tête et regarda du coin de l'œil sa fille. Il avait toujours cette réaction aux petites satisfactions de la vie, ce qui le rendait adorable. Cet homme était en fait un grand timide. Ouistiti avait de qui tenir. Elle remplit de nouveau les tasses et ils se jetèrent sur le gâteau.

Ennis alluma une cigarette, fronça les sourcils.
- J’ai rencontré ta mère devant l’agence, elle m’a dit te dire qu’elle était passée.
Alma le regarda étonnée.

- Pour une fois qu’elle daigne me rendre visite. Je lui passerais un coup de fil ce soir.
Il se cala sur sa chaise et se mit à chantonner.
- Dans la prairie quand vient la nuit …
Il buta sur un passage, Alma, afférée à débarrasser la table, vint à son secours en reprenant le chant là ou sa mémoire lui faisait défaut. Elle connaissait bien cette comptine. Le petit Mike lui avait souvent demandé avant de s'endormir.
- Chante, Maman ! Chante-moi, Petit Cow-boy.
Elle chantonnait d'une voix douce. Il essayait de suivre se demandant si Jack s'en souvenait ? Il sourit en pensant que celui-ci l'aurait sûrement massacrée sur son harmonica. Son sourire s'effaça rapidement quand il réalisa qu'il vendrait volontiers son âme au diable pour entendre Jack jouer encore quelques notes.

Ce n’est qu’en fin d'après-midi, qu’Alma décida qu'il était temps de rentrer. Le Suburban s'élança dans la petite allée avant de prendre de la vitesse sur la nationale. Ennis tenait à bout de bras son chapeau qu'il agitait de gauche à droite. Avant de voir disparaître le véhicule, Elle donna deux coups de Klaxon.

La chaîne de montagne qui longeait la nationale, décor de son quotidien attira l'attention d'Alma. Dans le récit que lui avait fait son père, il avait décrit la montagne avec une justesse déconcertante.

Ennis resta quelques minutes devant la maison. Le soleil descendait sur l'horizon. Le ciel se parait de rouge. Depuis bien longtemps, il ne s'était pas senti aussi bien. Sur le seuil de la porte, Jack était là souriant.
Présence fantomatique mais tellement réelle pour Ennis mais plus de chagrin, juste la joie de le savoir auprès de lui. Il épousseta son chapeau en le frappant sur sa cuisse.
-Yup, Jack ! J'arrive.
Et d'un pas rapide, il pénétra dans la petite maison. Quand la porte se referma derrière lui un volet bleu ciel mal ajusté sous la force du vent montant se mit à grincer.

M. Baker avait sollicité la présence d'Ennis, les deux autres ouvriers inexpérimentés faisaient de leur mieux, mais le ranch n'en profitait pas. Il lui avait dit.
- Ils vont me rendre chèvre !
Malgré le ralentissement des activités au ranch à cette époque de l'année il continuait d'être présent tous les jours de la semaine sur les lieus, passant la plupart de son temps à surveiller les faits et gestes des deux apprentis cow-boys.

Le seul déplacement qu'il connaissait depuis des jours et des jours était des allers-retours entre son domicile et le ranch. Départ tous les matins à 6 heures, retour vers 19-20 heures. Il se sentait fatigué, il était temps que M. Baker lui accorde une pause. Seulement John était un bon patron. Il payait bien, et sa sympathie pour Ennis était telle, que souvent il le remerciait pour son dévouement en lui offrant des produits de la ferme ou une prime qu’il mettait de côté depuis des années. Il ne pouvait pas laisser le vieil homme dans la panade.
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MessageSujet: Suite II   Mar 16 Oct 2007 - 19:01

La radio du vieux pick-up diffusait un des dernier titre Country à la mode que le ronronnement du V8 masquait presque complètement. Ennis tenta bien de monter le volume, mais la vielle radio ne pouvait en supporter d'avantage, ou était-ce les haut-parleurs malmenés depuis toutes ces d'années qui rendaient l'âme ?

Il n'écoutait pas de toute façon. Il finit par éteindre l'autoradio. La nationale étalait son long marteau d'asphalte noire. Un Panneau sur la droite à demi rouillée portait la mention : RIVERTON 3 Miles. Il n'y prêta aucune attention. Il regarda sa montre, il était déjà 19 heures passées. Pourtant sa journée de labeur ne lui avait pas paru si longue et harassante qu'à l'accoutumée.

Les premières maisons de Riverton se dessinaient déjà à l'horizon. Il alluma sa dernière cigarette, et jeta le paquet vide sur le siège passager. La rue principale qui menait au centre-ville était desserte, il ralentit quand son pick-up passa devant le parking de la laverie automatique. Ce lieu était chargé en souvenirs. C'était une partie de sa vie, qui c'était déroulé l'a, dans cet appartement juste au-dessus. Mais pour une fois, il ne laissa pas le temps aux souvenirs et aux images d'hier de faire leur apparition. Un nombre inhabituel de véhicules étaient garés devant le seul bar du village. Pour cette fois, il y passerait sa soirée.

Quand il entra dans le bar, une foule bigarrée donnait à l'établissement une ambiance festive. La grande pièce baignait dans un voile de fumées à l'odeur tenace de tabac et de friture, qui se mélangeait à celle du Whisky et de la bière.
On distinguait à peine le bar en bois massif, qui s'étalait sur toute la longueur de la pièce tellement de personnes s'y étaient agglutinées.
La musique diffusée par un vieux Wurlitzer couvrait à peine le brouhaha des conversations, des rires, du tintement des verres et des cannettes de bière.
- Ennis ! Par ici, Ennis !
Il tourna la tête en direction du bar.
- Ennis, pour une surprise.
Bruce, le patron de l'établissement penché au-dessus du bar lui tendait sa main.
- Salut, Bruce, quelle ambiance !
- Je suis contant de te voir.
- Yup ! On peut manger ?
Bruce pointant du doigt le fond de la salle.
- Pas de problème, il doit rester de la place par l'a.

Ennis se faufila jusqu'au fond de la salle, ou un espace restauration avait été aménagé. Il y trouva une table encore libre. Il venait à peine de s'y installer quand une petite voix aigue le força à lever la tête.
- Ennis Del Mar !
Cassie le dévisageait. La jeune femme tenant un petit bloc-notes dans une main et un crayon de bois dans l'autre semblait heureuse de cette rencontre fortuite.
- Ça fait combien d'années maintenant ?
Ennis curieusement n'avait pas gardé un souvenir impérissable de leur liaison-éclair.
- Salut, Cassie !
Il remarqua la grosse alliance en or massif qu'elle arborait à la main droite.
- Tu as fini par te marier … Karl ?
Elle éclata de rire.
- Karl ! Tu plaisantes ?
Elle se pencha comme si ses prochaines paroles devaient rester secrètes.
- Disons que c'était une erreur de parcours, et toi ?
Il lui décocha un petit sourire.
- Je ne suis sans doute pas fait pour ça. Je croyais que tu devais suivre une formation d'infirmière ?

Elle se redressa fière comme Artaban.
- Tu as devant toi une infirmière diplômée, Cow-boy ! Je donne juste un coup de main à Bruce ce soir.
En serveuse occasionnelle mais professionnelle comme elle l'avait été par le passé, elle continua, martelant de la pointe du crayon le bloc-notes.
- Alors, Je te conseille le Ragoût de mouton, haricots blancs. Tu m'en diras des nouvelles. Tarte aux pommes et bière ?
- Et pourquoi pas. Oh, Cassie ! Un paquet de cigarettes aussi.
- Brune, blonde ?
- Blonde.
Elle griffonna quelques mots sur le bloc-notes.
- C'est parti… Ennis Del Mar !
Elle fit volte-face et disparue dans la foule.

La banquette recouverte de cuir marron se montrait confortable, Ennis prit ses aises. Il regardait aller et venir les autres cow-boys, s'attardait volontiers sur quelques jolis minois de jeunes femmes décidées à faire la fête. Sur la petite piste de danse, quelques couples se démenaient au rythme des derniers tubes à la mode. L'atmosphère était plutôt électrique, Il trouvait ça agréable. Il n'aurait pu dire depuis combien de temps, il ne s'était mêlé ainsi à la foule.
- Attention chaud devant ! Et un ragoût, une tarte et une bière.
Cassie posa son plateau sur un coin de table et plongea une de ses mains dans la poche arrière de son pantalon.
- Et un paquet de Blonde ! Alors Ennis …
Elle pointa son crayon vers le centre de la salle.
- Chouette ambiance, non ?
- J'ai perdu l'habitude.
Elle jeta un œil sur sa montre.
- Je vais bientôt prendre ma pause, tu me réserves une danse ?
Il acquiesça d'un signe de la tête.
Cassie d'un geste rapide et précis attrapa son plateau.
- À toute, Ennis… J'arrive, deux minutes !
Une nouvelle fois elle disparue au milieu des fêtards. Une voix grave réclamait.
- Il fait soif ici, Cassie !
Un petit groupe d'amis reprit en cœur.
- On a soif, Cassie, Cassie, Cassie ! …

Ennis ne mit que quelques minutes à engloutir son assiette de ragoût, il s'attardait maintenant sur sa part de tarte aux pommes suivant entre chaque bouchée la partie de billard qui semblait fortement animée. De jeunes hommes portant la traditionnelle panoplie de cow-boy se disputaient l'honneur de mettre les boules dans les filets. L'un d'eux plus doué que les autres menait le jeu sous les hurlements désapprobateurs de ses adversaires. Il trouvait leur manège fort amusant. Il fut surpris quand une main tendue vint ce placer sous son nez.
- Aller, cow-boy en piste !
Quand il leva la tête, il aperçut Cassie qui se déhanchait déjà sur la musique.
Après la première danse, une deuxième suivit puis Cassie prit congé d'Ennis pour reprendre son poste, non sans avoir trinquée avec lui en souvenir du passé et lui faire promettre de la saluer avant son départ. Il était à peine 21H45 quand il décida qu'il était temps pour lui de rentrer, demain il fallait comme chaque jour se lever à l'aurore. Il s'arrêta au bar pour saluer Cassie.
- Cassie, pour moi c'est l'heure d'aller au lit.
Elle l'embrassa comme le ferait une vielle amie.
- On te revoit dans … un an, deux ?
- Plus souvent, c'est promis.
- Prend soin de toi, cow-boy !

Pour la première fois il entrevoyait une lueur d'espoir. Il ne se faisait pas d'illusion, Jack l'avait marquée au fer rouge. Il en garderait à jamais sur le cœur la cicatrice, mais au moins il pouvait continuer et profiter de quelques plaisirs de la vie cette soirée en était la preuve.

Il était presque 22 heures quand il alluma sa lampe de chevet. Il avait passé une bonne soirée, mais ne pensait plus qu'à une chose, se coucher. Il était assis au bord de son lit et tirait de toutes ses forces sur l'une de ses bottes.
- Jack, devine qui j'ai rencontré ce soir ?
La première botte venait de céder, la deuxième devait céder à son tour.
- Cassie ! Tu sais, elle n'a pas tellement changé.
Il envoya dans un vol plané ses bottes aux pieds de la chaise disposée dans un coin de la chambre, et commença à se déshabiller.
- C'est une chouette fille.
Ses vêtements lancés tombaient les uns après les autres sur la chaise, ou à coter.
- Enfin, Qu'elle ambiance !
Nu comme un ver, il ouvrit son lit et se glissa sous les draps.
- Bonne nuit, Jack.
Il éteignit la lampe de chevet et ne mit que quelque minute pour retrouver la douceur des bras de Morphée ou était-ce ceux de Jack ?
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wappa

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Mar 16 Oct 2007 - 19:51

Towncar , j'aime ton rendez-vous du soir drunken drunken
Ils revivent tous par tes mots , c'est un vrai bonheur
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Mar 16 Oct 2007 - 21:20

Oh j'ai du retard la!

Citation:
Elle n'avait qu'un regret son impuissance à lui rendre la joie qui l'avait abandonnée. Oh ! Bien sûr, il savait sourire quand les circonstances l'exigeaient. Il prenait plaisir à jouer avec ses petits-enfants et riait de bon cœur aux pitreries de Ouistiti, mais ce n'était qu’une façade. Elle en était convaincue.
------------------------------------------------
En lisant ca j'ai déja des frissons car je vois ces dernieres images dans la caravane lorsqu'il parle avec Alma et regarde si tristement par la fenêtre, et la on voit bien que toute joie l'avais abondonnée! Sad
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Cliffy4479

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Mar 16 Oct 2007 - 21:25

Il lui sourit et comme à son habitude baissa la tête pour se cacher derrière son chapeau.
-Yup !
---------------------

Oh Ennis!
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Cliffy4479

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Mar 16 Oct 2007 - 21:31

- Jack, ne t'inquiète pas, tout va bien, je suis là.

Alma le regardait pleuré pour la première fois. Elle ressentait sa douleur, suivant du regard les larmes qui glissaient sur ses joues tandis qu'il tentait vainement de retenir ses sanglots. Elle ne savait plus que penser de la détresse de ce père qu'elle aimait tellement, elle aurait voulu disparaître pour le laisser en paix.
------------------------------------------

Oh mon Dieu.......................... Sad
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Mar 16 Oct 2007 - 21:33

Papa…Pourquoi ?
Il chercha une raison. Qu’il ne trouva pas.
- Je n'en sais rien, Alma.
Elle dévisageait son père, son regard trahissant son émotion.
- Je voulais dire…Pourquoi n’as-tu pas suivi Jack après ton divorce ?!
Il regarda sa fille d'un air interrogateur. Combien de fois cette même question, se l’était-il posé ? Sans y trouver la moindre réponse. Il n’avait qu’une certitude, ce jour-là, il avait commis l’erreur de sa vie.
-------------------------------

Pourquoi...........que c'est dur.......................
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Mar 16 Oct 2007 - 21:50

Je me rappelle tres bien lorsque j'avais lu ton histoire pour la premiere foi, je l'ai lue en un trait, il était déja presuqe 3 heures du matin et je n'arrivait pas a m'endormir, tellement ca m'a agitée, je voyais toute ton histoire en film, avec des images comme vraies comme dans bbm.

C'est trop beau! Merci Michel! I love you
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MessageSujet: Suite III   Mer 17 Oct 2007 - 1:45

Ce vendredi matin quand Ennis gara son pick-up au fond de l'arrière-cour du ranch, ces deux collègues de travail n'étaient pas encore arrivés. Il ne lui restait plus qu'à rejoindre la salle de repos que M Baker avait fait aménager pour ses ouvriers et à préparer le café. Cette salle était devenue comme une seconde maison pour lui, Il y avait ses repères et se sentait comme chez lui. John avait un grand respect pour les personnes qui travaillaient avec lui et c'est tout naturellement qu'il avait aménagé dans une aile de la grande demeure, une salle à vivre fort bien équipée. Sur un des murs il avait accroché le tableau des corvées du jour où chacun y trouvait son emploie du temps. Ennis savait que John serait absent une bonne partie de la journée, il avait dû laisser ses ordres sur le tableau. La cafetière électrique travaillait pour Ennis, il se rapprocha du tableau. Sous son nom, on pouvait lire : Vérifier la clôture de la parcelle 5 – deux veaux sur la nationale. Parcelle 3/6 et passer à l'office avant départ.
- Bon, il vaut mieux ne pas traîner, j'ai des kilomètres à arpenter aujourd’hui.
Ces deux collègues n'allaient plus tarder, des taches bien plus ingrates les attendaient, il n'était pas disposé à écouter leurs jérémiades dès le petit matin.

Ennis était assis devant une tasse de café quand la porte s'ouvrit. Madame Eleanor Baker venait de faire son entrée.
- Bonjour, Ennis…comment aller vous ce matin ?
Il se leva brusquement et ôta son chapeau.
- Madame Baker… bien.
- Allons, Ennis, asseyez-vous… combien de fois devrais-je vous demander de m'appeler par mon prénom, vous êtes comme un membre de notre famille maintenant.

Eleanor était de la vielle-école et elle appréciait particulièrement la courtoisie et le respect qu’il lui témoignait. Elle s'approcha de la table et posa une main sur son épaule.
- J'espère que mon mari n'a rien d'un bourreau et qu'il n'a pas pris la décision de vous tuer à la tache.
- Non, Madame…Monsieur Baker me force à prendre le grand air aujourd'hui.
Elle le regarda et hocha la tête résignée.
- Excusez-moi. Une tasse de café peut-être ? Je viens de le faire.
- Oui avec plaisir… dite moi Ennis, comment se porte Alma ?
Il s'empressait déjà à rincer une tasse tout juste sortie du placard.
- Alma va bien, … mais vous connaissez le petit Mike, ce n'est pas toujours facile. C'est un petit homme plein d'énergie.
Elle avait pris place à la table, Ennis remplissait les tasses.
- Je n'ai malheureusement pas eu la chance d'être maman.
- Excusez-moi, Madame... Je ne voulais pas …
- Ne vous excusez pas mon garçon… Vous savez il y a des choses que l'on ne contrôle pas dans une vie, on ne m'a pas laissé le choix.
Elle fut surprise en voyant le visage de celui-ci se fermer, ses yeux fixant un point imaginaire flottant au milieu de la salle.
- Ennis ? Auriez-vous des problèmes ?
- Pardon, Madame, non ! C'est cette notion de choix.
- Vous savez Ennis, les desseins, de notre seigneur, sont parfois mystérieux, mais ils ont toujours un but louable.
- Je l'espère… sinon pourquoi certaines personnes devraient-elles en souffrir et d'autres pas ?
- C'est en voulant interpréter ces desseins que l'on commet des erreurs, les choix qui en découlent vous appartiennent mon garçon.
Elle réajusta la dentelle du haut de sa robe.
- J'ai été considérée bien des années comme une femme incomplète, ma belle-famille, mes voisins se gaussant de mon malheur. Aujourd'hui je suis une femme respectable.
À défaut d'être mère, j'ai soutenu mon mari, lui ais apporté toute mon aide, mon attention, mon temps. À la mort de ma sœur dans ce terrible accident, ma nièce et mon neveu sont venus vivre avec nous maintenant ils sont reconnaissants de tout ce que j'ai fait pour eux. Vous savez Ennis, tout ceci je n'aurais sans doute pu le faire si j'avais dû être mère. Mes choix ne m'ont apporté que bonheur.
Ennis qui ne l’avait pas quitté des yeux, détourna son regard avant qu'il ne trahisse sa détresse face à ses propres choix.
- Je suis impardonnable d'abuser ainsi de votre temps.
- Ne vous faites pas de soucis Madame, j'aurais fini bien avant que votre mari ne rentre.
Il jeta un œil sur sa montre, ses deux collègues n'étant toujours pas arrivés.
Elle s'était levée et allait débarrasser la table.
- Laissez madame, ce n’est pas à vous de faire cela !
- Comme vous voulez. Oh ! J'allais oublier le but de ma visite, n'attendez pas vos collègues ce matin, mon mari les a envoyés au bourg, ils ne devraient pas être de retour avant le déjeuner.
Elle se dirigea vers la porte où elle marqua un arrêt.
- Ennis, merci pour la tasse de café et j'espère vous revoir en fin de journée.
- Bonne journée, Madame !

La journée touchait à sa fin quand il se présenta sur le seuil de l'office, la porte était ouverte et John Baker assis derrière son bureau était absorbé dans la lecture de quelques documents. Il retira son chapeau et frappa sur le montant de la porte. John leva la tête.
- Ah, mon garçon, entre !
Il entra tête basse, triturant son chapeau. John était devenu avec les années un ami, mais pour Ennis il était avant tout son patron.
-Monsieur Baker.

Le vieil homme le regarda, secoua la tête.
- Assieds-toi et pose-moi ce foutu chapeau !
Il s'exécuta abandonnant son chapeau sur une chaise. John continua.
- Dis-moi, qu'en est-il de cette clôture ? Les veaux sur la route auraient pu causer un grave accident.
- Je n'ai rien trouvé si ce n'est la barrière, au nord, ouverte. Je suppose qu'on a dû mal là refermer.
John examina le planning des derniers jours et hocha la tête quand ses suppositions furent confirmées.
- Je vais devoir en toucher deux mots à mes jeunes cow-boys. Pas de problème avec le bétail du 3 au 6 ?
- Non, monsieur.
John alluma un cigare et se cala dans son fauteuil.
-Mon garçon, je te connais de longue date et j'avoue ne pas savoir ce que j'aurais fait sans toi. Ces derniers jours encore tu m'as enlevé une sacrée épine du pied.
Dans les nombreux documents qui trônaient sur son bureau, il trouva une feuille qu'il tendit à Ennis.
-Tiens et je ne veux aucun commentaire.

Ennis avait entre ses mains un acte notarial qui stipulait que la propriété au 1048 Cotton Road à Riverton, Wyoming, avait été cédée à M. Ennis Del Mar qui en devenait le propriétaire.

Même si pour lui sa première réaction aurait été de rejeter cette donation, il se ravisa rapidement. John lui avait dit, sans commentaire, et il valait mieux ne pas contrarier le vieil homme. Celui-ci pouvait se mettre dans de terribles colères à la moindre contrariété, et de toute façon, il parvenait toujours à ses fins.

John regarda un calendrier fixé au mur, fronça les sourcils et ajouta.
- Ennis, je veux te revoir dans deux semaines à 6 heures tapantes. Mes deux abrutis se passeront de toi.
Il se leva et lui tendit sa main.
- Mon garçon !
Ennis lui serra la main, reprit son chapeau et se dirigea vers la porte, où il s'arrêta un instant, allait-il oser ?
- Merci, John !
John Baker souriait car pour la première fois il l'avait appelé par son prénom.

Ennis allait monter dans son pick-up, quand il aperçut Eleanor qui arrosait les fleurs des deux grands bacs, qui trônaient en haut de l'escalier de l'entrée de la grande demeure. Il s'avança jusqu'à la première marche. Il toussota pour attirer son attention.
- Ennis !
- Eleanor, comment pourrais-je un jour vous remercier ? Je sais que vous n'êtes pas étrangère à ceci.
Il avait l'acte de donation dans sa main. Elle le regarda tendrement, abandonna son arrosoir et descendit les quelques marches qui les séparaient.
- Mon garçon, vous allez me faire une promesse… celle de ne surtout pas changer. Vous avez bien plus de qualité que certain croit en posséder.
- Je vous le promets !
Elle l'embrassa comme elle aurait embrassé son propre fils.
- Allez, Ennis filez maintenant il est déjà tard.

Quand Il gara son pick-up face à la petite maison. Il resta quelques minutes derrière le volant, descendit du véhicule fit deux trois pas.
-Yup !
Il entama une danse dont seuls lui connaissait les pas, et envoya son chapeau dans les airs à plusieurs mètres au-dessus de sa tête avant de pousser des cris de joie. Il se précipita dans sa chambre, ouvrit l'armoire et brandissant l'acte notarial.
- Regarde, Jack, je suis propriétaire !

Ce n'est que plus tard dans la soirée qu'il décida qu'il devait marquer le coup, il décrocha le téléphone et appela Alma.
- Allo, j'écoute !
- Ma chérie, c'est moi !
- Papa ? Que se passe-t-il ?
- Tout va bien ne t'inquiet pas. Je voulais juste te demander si tu voulais venir dîner demain soir à la maison ?
- Avec plaisir ! Mais en quel honneur ?
- Il te faut une raison maintenant pour venir manger avec ton vieux père ?
Il entendait sa fille rire à l'autre bout de l'appareil.
- Attends, je te connais, Papa !
- Ok ! Je te dirai tout demain soir… Alma, tu crois que je pourrais inviter Monsieur et Madame Baker.
- Il y a bien longtemps que tu aurais dû le faire, je suis sûr qu'ils seront ravis de venir.
- Euh… Alma, tu pourrais te charger de l'accompagnement pour un barbecue ? Tu sais que…
- Ah, bravo ! Tu m'invites et je dois faire la cuisine.
Elle se mit à rire de nouveau.
- Ne t'inquiète pas, j'ai plus confiance en ma cuisine qu'en l'à tienne.
- Alma ! À demain alors.
- C'est ça à demain !
Elle venait de raccrocher quand il se mit à rire à son tour. Sa fille avait un rire bien particulier et communicatif.
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MessageSujet: Suite III   Mer 17 Oct 2007 - 1:47

Il resta assis le téléphone sur les genoux un moment puis il décrocha à nouveau pour appeler les Baker. C'est Eleanor qui décrocha.
- Résidence Baker, J'écoute.
- Madame Baker, C'est Ennis à l'appareil.
- Ennis ? Un problème mon garçon ?
- Non, non, Madame. Voilà, je serais vraiment ravi si vous acceptiez de venir dîner à la maison demain, Alma sera l'a aussi.
- Ennis, comme c'est gentil à vous, une minute mon garçon, je demande à John.
Elle se pressa dans le bureau de son mari. Celui-ci était plongé dans son journal.
- John, Ennis voudrait nous avoir pour dîner demain ?
Il leva la tête arborant un large sourire.
-Ennis ?…Dit-lui de nous compter parmi ses convives.
Quand elle reprit la communication.
- Mon garçon, c'est avec plaisir que nous viendrons à votre dîner.
- Je suis contant, je vous souhaite une bonne soirée !

Depuis le levé du jour ce samedi, Ennis était à pied d'œuvre, il devait s'occuper de ses deux juments, mettre de l'ordre dans la petite maison et surtout faire en sorte que le dîne soit une réussite. Monsieur et madame Baker seraient présents à sa fête, il ne devait pas les décevoir.

Il avait perdu ses parents trop tôt dans un stupide accident de voiture, Eleanor et John avec le temps étaient devenus des parents de substitution. Ils avaient gardé une certaine simplicité, mais leur réussite sociale en avait fait des nantis et les obligeait à se démarquer du reste de la population de Riverton. Pourtant ces deux personnes n'étaient pas nées avec une cuillère d'argent dans la bouche.
De leur courage, leur travail, ils avaient gagné leur lettre de noblesse. Il était contant et fière de les compter au dîner.
Il avait de la vaisselle en réserve emballée dans son carton d'origine, il était sur le point de finir de la laver quand il entendit le 4/4 d'Alma se garer. Il se précipita hors de la maison pour accueillir sa fille, seulement à sa grande surprise, la première à descendre de voiture fut Jenny.
- Coucou, Papa !
Il courut pour prendre sa fille dans ses bras.
- Jenny ? … Mais comment se fait-il que tu sois l'a ?
Il lui caressa la joue. Depuis combien de temps ne l'avait-il pas vu ? Alma était plantée sur sa gauche attendant que celui-ci veuille bien la saluer.
- Ben ! Et moi, alors.
- Oh ! Excuse moi ma chérie. Aller vient l'a.
Il l'enlaça et l'embrassa tendrement.

Les vacances pour Jane étaient finies et Jenny avait pris la décision de prendre à son tour quelques jours de repos, son mari étant en déplacement en Europe pour une semaine ; Elle passerait une semaine dans sa famille. Elle avait donc fait le voyage avec Jane.

Les deux sœurs étaient déjà à la tache déchargeant le 4/4 des plats qui avaient été préparés pour l'occasion, Alma se tourna vers sa cadette.
- Alors comme ça ton mari est en Europe ?
- Oui pour une semaine, Tokyo je crois qu'il m'a dit ?
Alma s'arrêta brusquement, regarda sa sœur d'un air moqueur.
- C'est ça ! Bienvenu à Riverton en pleine Sibérie !
Jenny fixa sa sœur d'un air interrogateur.
- Attends ça veut dire quoi ?

- En fin de compte tu ne sais pas où est ton mari !
- Ben si en Europe !
Réalisant son erreur Jenny éclata de rire suivi dans la foulée par sa sœur hilare. Jenny s'était assise sur le marchepied et tentait de reprendre son souffle entre deux éclats de rire.
- En fin de compte, tu as raison… Je ne sais pas où est mon mari !
Les deux jeunes femmes étaient parti dans l'un de leur fameux fou rire.

Ennis une épaule en appui sur le montant de la porte d'entrée tentait lui-même de ne pas rire, il regardait attendri ses deux filles. Son mariage n'avait peut-être pas été une réussite, mais ce qu'il y avait gagné était irremplaçable.

Ennis avait décidé qu'ils seraient bien mieux dehors par cette journée ensoleillée et c'est ainsi que la table de cuisine et les chaises s'étaient retrouvé dans l'herbe fraîchement coupée sous le grand chêne. Alma et Jenny étaient assis et en pleine conversation, quant à Ennis il commençait à allumer le brasero, les autres n'allaient plus tarder à arriver.

Quand une Cadillac blanche s'avança sur la petite allée, Ennis abandonna le brasero fumant pour accueillir ses occupants. John Baker descendit du véhicule le premier.
- Ennis, mon garçon !
Ennis lui tendit sa main, mais, à sa grande surprise, celui-ci le prit par les épaules et lui asséna quelques coups puissants sur les omoplates.
- Monsieur…Heu, John, merci d’être venu.
- C’est moi qui dois vous remercier pour votre invitation.
Eleanor ne semblait pas vouloir descendre de voiture, Ennis se précipita pour lui ouvrir la portière.

- Ah, mon sauveur !
Elle avait sur les genoux deux grandes tourtes aux pommes qu’elle déposa dans les bras d’Ennis
- Eleanor, vous êtes mes invités !
- Mon garçon, Il y a des règles immuables dans ce monde, il aurait été mal venu d’arriver les mains vides.
Elle l’embrassa et lui glissa dans le creux de l’oreille.
- La réputation de ma tourte aux pommes n’est plus à faire. Vous verrez.
Elle réajusta sa robe.
- Laissez-moi vous débarrasser.
Et elle se tourna vers son mari.
- John, le coffre.
- Ah, Ennis, je vous ai apporté quelques bouteilles de vin français, celles-ci devraient vous plaire.

L’alcool pour Ennis se résumait au Whisky et à la bière en moindre quantité, pour lui ce vin venu de France était presque une découverte, mais leur réputation n’était plus à faire et s’il était aussi bon que leur prix élevé, il attendrait avec une certaine impatience d’y faire honneur.
- Vous n’auriez pas dû.
John était plongé dans le volumineux coffre de la Cadillac.
- Mon garçon, ma cave regorge de ces bouteilles qui dorment depuis des lustres dans l’attente d’être un jour ouvertes, …je suis ravi de les déguster avec des amis.

Ils allaient rejoindre Alma et Jenny sous le grand chêne quand une voiture de sport bleue s’arrêta derrière la grosse Cadillac. Quand les portes s’ouvrirent une petite tête blonde se précipita sur Ennis.
- Grand-père !
Ennis se mit à groupie pour prendre Mike dans ses bras.
- Eh bien, ça c’est un gros bisou !
Kurt et Jane avaient rejoint le petit groupe. Après les poignées de mains et les embrassades, chacun prit place autour de la table où entre deux conversations souvent suivies de rires, on entendait le bruit des mâchoires qui se régalaient des viandes grillées, des salades composées accompagnées de ce vin de France qui trouva un vif succès.

Ennis était occupé à la cuisine préparant le café qui accompagnerait les tourtes aux pommes d’Eleanor. John avait succombé à sa passion et rejoint l’enclos des chevaux. Sa femme était en grande conversation avec Kurt sur la recherche pétrolière. Alma regardait amuser ses enfants joués à cache-cache dans les hautes herbes.

Jenny se tourna vers sa sœur.
- Tu as eu des nouvelles de maman ?
- Non, pas depuis des semaines…Ils ont déménagé sur Penny-Lake… De toute façon depuis son mariage avec Monroe, je dois t’avouer que nous sommes pour ainsi dire en froid.
Alma détourna la tête pour regarder la fenêtre de la cuisine.
- Par bonheur, j’ai papa…Je crois qu’Alma a oublié que nous étions ses filles.
- Je sais, … je suis la seule à donner des nouvelles…Je n’étais même pas au courant de ce déménagement…
La conversation coupa court. Ennis venait d’apporter le café et reprenait sa place autour de la table.

Eleanor fut félicitée comme il se doit pour son talent de cuisinière, ses deux tourtes aux pommes accompagnées d’une tasse de café étaient délicieuses et terminaient en beauté le dîner.

Eleanor se leva et interpella Ennis.
- Ennis, mon garçon, allons faire quelques pas, vous voulez bien ?
- Avec plaisir Eleanor.
Elle lui prit le bras et ils s'avancèrent sur la petite allée.
- Quelle belle soirée… n'est-ce pas ?
- En effet, il fait même chaud, je trouve.
- Votre barbecue était excellent, comme les salades composées d’Alma d’ailleurs.
- Je peux en dire autant de vos tourtes.
Ils continuèrent la marche sur plusieurs mètres en silence.
- Ennis dite moi… La solitude ne vous pèse pas trop par moments.
- Je m'y suis habitué.
- Un homme de votre âge à encore toutes ses chances.
- Vous savez pour moi un échec suffit.
- Vous voulez parler de votre mariage avec Alma, … je crois ?
- Oui, disons que je n'étais pas fait pour ça.
- Vous savez, à mon époque les jeunes filles en âge de se marier n'avaient pas souvent le choix. Les mariages étaient arrangés d'avance. Pour ma part j'ai pu choisir. John n'est peut-être pas le plus bel homme sur terre, ni le plus tendre, … mais je l'aime ! Vous n'avez peut-être pas encore croisé le chemin de votre âme sœur ?
Eleanor senti le bras d'Ennis frissonner.
- Aurais-je dit quelque chose de mal.
- Non, Eleanor…
- Oh je vois, vous n'avez pas su vous arrêter à la croisée des chemins. Votre âme sœur est passée sans que vous puissiez y faire grand-chose, n’est-ce pas ?
- Eleanor, vous me surprendrez toujours. En effet j'ai eu ma chance il y a bien des années. Seulement cette personne est morte avant que je puisse…

Il avait du mal à trouver ses mots, encore aujourd'hui il était en lutte contre lui-même.
- Avant d'accepter un fait évident.
- Mon pauvre Ennis, voilà donc ce terrible fardeau que vous supportez depuis toutes ces années. Vous savez, j'ai toujours pensé que vous aviez eu un moment bien difficile dans votre vie. Cela ce li dans vos yeux…Comment s'appelait cette jeune personne ?
Il savait que cette conversation prenait un chemin qu'il ne souhaitait pas emprunter. La question le propulsait au pied du mur et il ne pouvait faire demi-tour. Il pouvait mentir mais à quoi bon toujours mentir.
- Jack.
Eleanor continuait sa marche lente, sa deuxième main vint se poser sur l'avant bras d'Ennis, qu’elle caressa.
- Mon garçon…
Sa main maintenant décrivait un grand cercle.
- Regardez autour de vous, il y a tellement de chose que l’on ne peut expliquer…Pourquoi ce Jack ? Nul ne serait le dire. Dite-vous simplement que cet homme a eu de la chance de croiser votre chemin.
Ennis n'avait pas la force de répondre. Quant à la chance, c'est lui qui en avait eu de croiser Jack. Il se contenta de serrer quelques secondes la main d'Eleanor.
- Ennis, vous m'avez fait une promesse, ne changer surtout pas.
Ils continuèrent en silence leur marche lente jusqu'à ce qu'Eleanor fasse demi-tour.
- Allons rejoindre les autres, je reprendrais volontiers une tasse de votre délicieux café avant de partir.

Ennis était assis sur une chaise sous le grand chêne satisfait de sa soirée, Il fumait une dernière cigarette. Alma et Jenny avaient été les dernières à partir, elles l'avaient aidé à ranger le mobilier. Maintenant qu’il se retrouvait seul, comme la plupart du temps, il en éprouvait de l'amertume. Le vide qu'avait laissé le départ de ses invités aurait pu être adouci par une présence humaine. Ils auraient pu se retrouver sous le grand chêne, échanger quelques mots, ou ne rien dire. Il aurait pu tendre le bras pour lui prendre la main ou lui caresser la joue, échanger un regard. Peut-être même auraient-ils fini par se dire, Je t'aime. Ennis repensa à ses années au côté d'Alma qu'il avait aimé. Comment aurait-il pu lui faire comprendre qu'elle n'était en rien responsable ? Que lui-même ne faisait que suivre un chemin qu'il n'avait pas choisi. Jack était comme un ouragan emportant tout sur son passage, une anomalie, ce grain de sable qui bloque la machine mais rien de comparable a cette montée en puissance des sentiments qui vous emporte si loin et vous enferme dans une cage aux barreaux d'acier trempés de laquelle, on ne peut s'échapper. Il se leva, écrasa sa cigarette, il était temps d'aller dormir. Demain serait un autre jour.

Ennis était allongé dans son lit. Une brise légère venant du sud agitait les feuilles du grand chêne. De la fenêtre dont les volets étaient restés ouverts un halo de lumière faisait danser les ombres du feuillage sur le papier peint de sa chambre. Il suivait du regard les ombres sur le mur. Il ne parvenait pas à trouver le sommeil.

La femme de Jack lui avait dit que celui-ci était mort dans un tragique accident, mais pour Ennis, la vérité était tout autre. Jack n’avait pas peur d’afficher sa différence. Il avait même dès le début envisagé une vie à deux. Il avait souvent fait des voyages au Mexique, l’a où il pouvait faire des rencontres d’une nuit. Son père avait même insinué qu’il devait venir s’installer avec un de ses voisins au ranch familial pour y construire une nouvelle vie.

Pour Ennis, ce manque de discrétion avait causé sa perte. Ce qui s'était vraiment passé ce jour l’a, il ne le saurait jamais, mais cela ne changerait pas grand-chose maintenant de connaître ou non la vérité. Et dire qu’il avait dit à Jack que s’il venait à savoir certaines choses sur sa vie, c’est lui-même qui l’aurait tué par jalousie et ce n’était pas une plaisanterie.

Il ne pouvait pas savoir que Jack n’était en rien volage, il faisait juste de son mieux avec le peu qu’Ennis lui accordait. Si de son côté, il avait Alma pour combler le vide de tous ces jours et nuits loin de Jack, lui n’en avait pas autant. Lureen Twist dans son rôle de femme mariée était parfaite, mais coté cœur il n’y avait pas grand-chose. Y avait-il eu seulement quelque chose ? Pour sa belle famille il n’avait pas plus d’intérêt qu’un bibelot posé sur le rebord d’une cheminée. Leur fille avait fait un choix, ils feraient avec.

Son cœur battait à l’unisson avec celui d’Ennis depuis leur rencontre à Signal, mais comment lui faire comprendre que leurs rythmes ne trouveraient l’harmonie que dans l’ensemble comme l’accord de deux voix d’une chorale qui tiennent la note et font vibrer la nef de la cathédrale jusqu’en son cœur. Dans cet adagio, douce mélodie qui vous fait frissonner de la tête aux pieds. Il ne devrait en faire référence qu’en de rares représentations. De ce manque Jack en souffrait énormément.

Ses voyages au Mexique n’étaient que vengeance et résignation à l’indifférence d’un être pour qui il aurait donné sa vie. S’il avait accepté la proposition de Randall et l’avait rejoins un jour dans cette cabane près du lac. Ce qu’il partageait avec ce Texan ne faisait que lui rappeler à quel point Ennis lui manquait.
Après toutes ces années il s’était fait à l’idée que son rêve était inaccessible, qu’une page devait être tournée.

Seulement se faire une vie sans Ennis était devenue impossible, si le corps se contentait d’un autre choisi au hasard des rencontres, c’est chez ses parents dans sa chambre, assis au fond d’un placard que son corps et son esprit ne faisaient plus qu’un. Il passait des heures fixant du regard dans un silence religieux, deux chemises suspendues sur un cintre. Il puisait dans ce lieu et ce repère matériel la force d’attendre la prochaine rencontre. C’était le prix à payer même s’il devait en souffrir toute sa vie.

Deux adolescents s’étaient trouvés sur une montagne, ils n’auraient jamais dû la quitter.
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MessageSujet: Suite IV   Jeu 18 Oct 2007 - 6:11

Le dimanche matin lorsque qu'Ennis se réveilla, la pièce baignait encore dans l'obscurité, il alluma sa lampe de chevet et jeta un œil sur la pendule, il n'était que 5H40, son horloge interne se moquait bien des dimanches et des jours de congés. Il était bien trop tôt pour se lever surtout qu'il n'avait pas à travailler. Il se cala dans son lit et commença à planifier ses semaines de liberté, la première chose qu'il lui vint à l'esprit fut Jack et ce doute qui s’était installé depuis plusieurs jours.

La vie d'Ennis avait pris un nouveau tournant depuis que Jack était réapparu. C'était presque comme une présence physique pour lui et il n'avait plus vraiment l'envie de le perdre encore une fois. Il avait retrouvé un semblant de joie et par pur égoïsme, il aurait préféré le garder auprès de lui. La promesse qu'il s'était faite devenait une alternative, non une finalité.
- Jack, Si tu pouvais….
Ennis fronça les sourcils. Il réalisait qu'il avait toujours agi en égoïste avec Jack. Le repoussant en permanence par des contraintes qu'il s'imposait pour faire bonne figure, pour faire semblant d'être comme tout le monde.
- Tu es pathétique mon pauvre Ennis !
Plus il avançait dans ses réflexions, plus il entrevoyait ce que Jack souhaitait vraiment. L'assurance que quoi qu'il arrive quand le moment serait venu, il retrouverait Ennis et s'il y avait bien un endroit où ils avaient tout partagé pendant des jours et des jours sans se poser la moindre question, c'était sur la montagne isolée de tout et de tous.

Ennis était conscient que s'il avait dû quitter ce monde avant Jack, lui aussi aurait choisi comme dernière demeure la montagne. Jusqu'au bout Jack avait fait en sorte que cette vie à deux se réalise. Il posa une main sur le bois de l'armoire.
- Jack.
Il secoua la tête, résigné.
- Tu ne me laisses même pas le choix.
Il se leva, enfila son jean sans le boutonner et se dirigea vers la cuisine une tasse de café lui ferait le plus grand bien.

Alma, à quelques kilomètres de là, était debout, elle aussi. Elle s'afférait dans la cuisine en essayant de ne pas faire trop de bruit pour ne pas réveiller toute la maison. Kurt s'était rendormi après avoir fait grincer le lit sous leurs ébats amoureux, Alma arrivait toujours à ses fins avec son mari, il était le soleil de sa vie, Madame et Monsieur Kurt, Joseph SWEENEY cela sonnait plutôt bien. Elle repensa à la veille, la joie de son père et ce cadeau inattendu, elle se demanda si Jack l’aurait aimée cette petite maison ? Elle sourit, bien sûr qu’il l'aurait aimée.

Ennis assis dans la cuisine face à sa tasse de café cherchait l'endroit idéal sur la montagne où il finirait par dire au revoir à Jack. Est-ce que le camp de base de cette semaine, là où… ? Ennis comme prit de panique se repassait le film de cette première nuit sous la tente. Comment en était-il arrivé là, pourquoi ? Bien sûr il avait bu. Le feu éteint, il avait froid, mais était-ce suffisant ? Il se jeta sur sa tasse et but une rasade de café. À cette époque seule Alma qu'il devait épouser après la transhumance aurait dû faire son éducation sexuelle. À 19 ans il n’avait pas eu l’opportunité de goûter au plaisir de la chaire. Il avait beau se repasser la scène en boucle, rien ne venait combler ses interrogations. À part la satisfaction physique de cette brève confrontation, il n'y avait rien de plus à dire.

Un plaisir intense venant du plus profond de son être traversa son corps de part en part quand sa mémoire le ramena à cette nuit où il allait connaître une seconde naissance. Il se souvenait de cette force herculéenne qui l'avait poussée à rejoindre Jack sous la tente. Son chapeau qu’il triturait dans ses mains comme un dernier rempart contre l’inévitable fut bien vite écarté par cet être, au regard d’un bleu si profond, qu'il ne parvenait pas à s’en détacher. Le contact de sa main sur son bras, la douce chaleur de ses doigts sur sa peau dont la caresse le faisait frissonnait de la tête aux pieds. Leurs lèvres hésitantes qui finirent par se rencontrer dans un premier baiser.

Le Paradis, si Ennis en avait une image très personnelle, Jack venait de lui en ouvrir les portes, cette chose qu'il partagea avec cet homme sous la tente cette nuit l’à ne le quitterait plus dorénavant. Il venait de découvrir un nouveau sens qui n'avait pas de nom et qui l'emmena bien au-delà du simple plaisir physique auquel ils ne s'adonnèrent même pas cette nuit-là.

Il n'avait plus à chercher, les cendres, il les sèmerait aux quatre vents, là où tout avait vraiment commencé. Il avait pourtant le sentiment que dans ce tableau idyllique, le peintre avait fait une grossière erreur, quelque chose dans son rêve ne fonctionnait pas. Il s'était levé et faisait maintenant des allers-retours dans la cuisine cherchant une raison à cette interrogation. Il se figea tout à coup les bras croisés au-dessus de la tête comme si le ciel allait lui tomber dessus.
- Mon dieu, Jack !
Dans sa tête, "LES QUATRE VENTS" résonnaient comme un coup de tonnerre.

Les cendres de Jack emportées par le vent bien au-delà de Brokeback, certaines retombant dans les eaux tumultueuses de la rivière, seraient emportées, on ne sait où, comment le retrouverait-il si celui-ci était éparpillé aux quatre coins de la planète ? La montagne qui avait vu naître et grandir leur amour devait maintenant le protéger avant qu'il ne le rejoigne un jour et c'est en terre qu'ils resteraient à jamais sur la montagne.

Il se précipita dans sa chambre, s'habilla le plus rapidement possible, ouvrit l'armoire, prit la boîte en fer blanc qu'il cachait sur la dernière étagère, une veste, son chapeau et le pick-up s'élança sur la petite allée à vive allure.

Jim était sur le point d'attaquer un morceau de chêne avec un ciseau à bois quand Ennis déboula dans la petite boutique, il tenait dans un bras sa boîte en fer blanc.
- Jim, j'ai besoin de tes services.
Celui-ci se redressa brusquement.
Ennis ? on dirait que c'est urgent.
Il pointa du doigt le morceau de chêne.
- Tu pourrais me faire une croix ?
Le vieil homme le regarda interloquer. Ben ! Tu veux sûrement dire un croisillon, c'est pour une fenêtre ?
Il le regarda droit dans les yeux
-Non, une tombe !
Jim se gratta la tête.
- Je n'ai jamais fait ça de ma vie, je fais plutôt dans le meuble, les fenêtres, à la rigueur des pièces de charpente, mais là ? Et il te la faut quand cette croix ?
Il n'eut aucune hésitation.
-Tu as le temps, je ne suis pas encore mort !

Jim ne sut jamais le fin mot de l'histoire. Ennis se garda bien de lui donner tous les détails, mais l'affaire était entendue, Jim lui confectionnerait une croix en chêne massif, Jim était ébéniste de métier. Il avait acquis une réputation qui s'étendait bien au-delà des limites du Wyoming. Aujourd'hui encore malgré son âge et ses mains qui tremblent, il faisait des merveilles d'un simple morceau de bois. Ennis et sa demande étaient un vrai défi pour lui qui n'avait jamais imaginé faire un tel travail auparavant. Celui-ci l'avait payé grassement pour ce service en renversant le contenu de sa boîte en fer blanc sur le bureau qui fut vite recouvert de billets verts.
- Ennis ! Je t'en donnerai pour ton argent.
Celui-ci n'avait pas à compter, il y avait bien plus que son travail ne le demandait.
Ennis avait juste ajouté.
- C'est très important pour moi ! Peut importe l'argent, je te fais confiance.

Ce fut mercredi à l'aurore qu'il décida qu'il était temps de faire le voyage jusqu'à Brokeback Mountain, Dolly sa jument s'agitait sur la plate-forme du pick-up, ce dont il avait besoin pour cette journée avait trouvé place sur le siège passager, tout était prêt pour le départ. Quand il dut remettre Jack dans le colis pour le protéger tout au long de ce voyage, la joie des jours passés avait complètement disparu.
- Jack, c'est l'heure.
Il monta dans le pick-up, plaça Jack entre les deux sièges juste à portée de main, la journée serait longue.

Il ne fallut pas plus d’une heure à Ennis pour rejoindre la petite ville de Signal et le parc au pied du mont brokeback, là où les camions allaient et venaient déposant au passage des centaines de moutons qui après comptage s’agglutinaient dans les enclos comme les fruits d’une grappe de raisin. Dans la cacophonie des bêlements, les animaux attendaient le départ vers les verts pâturages. Quand il arrêta le pick-up, il ouvrit la portière et marcha jusqu'à la première barrière, les enclos étaient vides. Il se tourna face à la montagne, il avait de nouveau 19 ans.

Ennis progressait lentement sur le sentier à flanc de montagne qui l'emmenait de souvenir en souvenir, tout lui semblait tellement familier. Lorsqu’il arriva au passage à gué de la rivière, il s’arrêta, le souffle court, sa cage thoracique compressée comme prisonnière entre les mâchoires d’un étau. Il revoyait Jack traverser le cours d’eau portant un mouton sur ces épaules, il entendait sa voix en écho.
- Ennis … Tu as déjà vu ça ?! Un mouton qui a peur de l’eau.
C’est le cœur au bord des larmes qu’il reprit sa lente ascension. Combien de fois devrait-il s’arrêter ? Mais pas question de faire demi-tour, il avait une mission à accomplir.

Il arriva assez rapidement à l'emplacement du premier camp de base. La nature avait retrouvé ses droits et seul restait le tronc d'arbre mort qui leur avait servi de banc. Ennis ne put s'empêcher de s'y reposer quelques instants. Il pouvait presque sentir la chaleur du feu de bois, sur sa gauche, il revoyait la tente.

Ennis n’était pas le genre d’homme à parler pour ne rien dire, mais après quelques jours en compagnie de Jack, il avait fini par apprécier leur réunion autour du feu de bois et leurs discussions sur leur courte vie.
Il regarda la montagne et le sentier de pierre qui continuait son ascension, il fallait continuer. Quand il atteignit le deuxième plateau l’a où tout avait basculé, son cœur battait si fort qu'il crut qu'il allait sortir de sa cage thoracique. Un cercle de pierres délimitait un feu de bois dont les cendres fumaient encore mais il n'y avait pas âme qui vive. Quelques papiers jonchaient le sol, des traces de bottes marquaient le sol.

Il n'avait pas mis pied-à-terre, il regardait du haut de sa jument la scène. Il ne pouvait imaginer que d'autres personnes avaient pu fouler les lieux, Jack ne pouvait demeurer ici. Il décida de continuer plus haut dans la montagne.

Le sentier avait disparu depuis bien longtemps quand il arriva sur un troisième plateau bien plus petit que les autres. il se terminait par un mur de granite de 3 ou 4 mètres de haut empêchant toute progression. Ennis amena Dolly jusqu'à la rivière, avec ce mur de granite, il ne pouvait plus aller de l'avant et se sentait terriblement déçu. Que devait-il faire ?

Le mur de granite comme un paravent s'étendait sur des centaines de mètres. D’un côté, il y avait la rivière à cet endroit infranchissable. De l'autre un gouffre vertigineux, et toujours ce mur de roche qui renvoyait la lumière avec force. Sauf sur une partie qui restait neutre, plus sombre. Il abandonna sa jument et s'avança en direction de cette imperfection de la paroi. Plus il se rapprochait plus elle se décolorait. Il finit par apercevoir une ouverture d'une cinquantaine de mètres dans la roche. Il s'avança dans l'ouverture. Il venait de pénétrer dans une enclave en forme de fer-à-cheval comme si un géant avait mordu à pleines dents dans la montagne.
Un petit monticule de terre et de pierres, recouvert d'une herbe verdoyante s'élevait en son centre puis redescendait en pente douce. Il vint s'asseoir au sommet du monticule face à la découpe, la vue était en tout point comme celle de la carte postale fixée sur la porte de son armoire. Il s'allongea sur l'herbe regarda le bleu translucide du ciel ou poussé par le vent de petits nuages cotonneux se déplaçaient nonchalamment d'une paroi à l’autre. Il sourit, il venait de trouver un havre de paix pour Jack.

Dans cette enclave, il serait bien, pour Ennis cela ne faisait aucun doute. Il se mit au travail, il déblaya une zone circulaire au sommet du monticule, y fora un puits, où il déposa le sac de velours rouge contenant l’urne et replaça la terre brune. Il préleva dans le lit de la rivière en contre-bas plusieurs gros galets pour matérialiser l’emplacement de la tombe.

Ennis avait rempli sa mission, C’est le cœur léger qu’il prit place dans l’herbe.
- Regarde, Jack.
Il faisait face à l'entrée de l'enclave, admirant la vue, le soleil descendait sur l'horizon, l'enclave s'assombrissait !
- Jack un jour nous serons ensemble, je te le promets, Alma fera le nécessaire.
Il posa une dernière fois la main sur la terre humide avant de ce lever.
- À bientôt, Jack.

Chaque pas qu’il faisait, le forçant à s’éloigner, était comme un coup de poignard. C’était une partie de son être qu’il abandonnait une nouvelle fois. Il avait du mal à l’accepter. Si à Signal après la transhumance, dans la ruelle l’a où il s’était écroulé pour les mêmes raisons.

Il aurait pu se relever et courir à perdre haleine derrière le pick-up pour le forçait à s’arrêter et lui dire à son conducteur "Ne part pas !". Mais cette fois, il n'y avait pas d’autre alternative.

En cow-boy solitaire sur sa monture, Il regardait l'ouverture disparaître petit à petit, il fit un dernier signe à Jack en brandissant son chapeau à bout de bras avant de voir disparaître complètement l’entrée de l’enclave.

Ce n’est que plus tard dans la nuit qu’il retrouva le confort de son lit seulement si le corps était bien présent son esprit lui était resté sur la montagne. Il remonta le drap et la couverture par-dessus tête comme quand il était enfant pour se dissimuler des ombres de la nuit qui lui faisaient peur. Allongé sur le côté en chien de fusil, il serrait entre ses mâchoires l’index de son point serré. Ses dents s’enfonçaient dans la chair, la douleur se faisait de plus en plus forte jusqu’à ce qu’il cède dans les larmes et les cris étouffés du désespoir sur son amour perdu.

Quand sur l’océan de ses sentiments, la tempête qui faisait rage et qui lui chavirait le cœur prit enfin le large pour laisser place aux alizés soufflant l’incertitude, il n’espérait qu’une chose que le temps lui accorde une trêve. Jack était de nouveau sur la montagne, Il ne l'avait pas abandonné. Il finit par s'endormir. La nuit était fraîche, mais Il n'avait pas froid la chemise de Jack qu'il avait boutonnée jusqu'au col lui tenait chaud.
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MessageSujet: Suite V   Jeu 18 Oct 2007 - 7:44

Heavy stone et sa crique serait pour une semaine un lieu de retraite pour Ennis. C’était l’un des dernier endroit où il avait passé quelques jours avec Jack. Après avoir garé son pick-up, il était descendu jusqu’à la grève, il regardait les eaux calmes, respirait profondément pour ne rien perdre des odeurs de la végétation environnante. Il prit place sur un gros rocher, se débarrassa de son chapeau et ferma les yeux. Il tourna son visage face au soleil, les doux rayons le réchauffaient. Il souriait, Jack était sur la montagne. Un jour ils se retrouveraient et il lui raconterait son escapade en communion avec la nature. "Tu te souviens, Jack. Cette crique, un lieu nommé …"

- Pardon, je suis bien à Heavy stone ?
Il sursauta et se tourna vers l’importun. Un jeune homme d’une trentaine d’année qui ressemblait étrangement à Jack le regardait fixement. Il tenait dans une main son stetson en feutre noir, de l’autre des cannes à pêche maintenue entre elles par un gros élastique et portait en bandoulière un lourd casier en bois massif.
- Monsieur …C’est bien ici, Heavy stone.
- Yup ! C’est bien ici.
Le jeune homme déposa son attirail de pêche au sol et se dirigea vers Ennis main tendue.
- Excusez-moi, Jack Homen, enchanté.
Il eut un temps d’hésitation, une petite voix intérieure lui disait, il ne manquait plus que cela. Il lui serra la main.
- Jack ? Pardon, Ennis… Del Mar.
- C’est pas mal comme coin… il paraît que ces eaux sont poissonneuses, vous êtes pêcheur aussi ?
Pêcheur, Ennis ? Il se retenait pour ne pas rire.
- Mon dieu, non !
Le jeune homme réajusta son chapeau.
- Bon… Je ne vais pas vous déranger plus longtemps.

Il était sur le point de reprendre son attirail de pêche.
- Tu ne me déranges pas du tout…ce lieu appartient à tout le monde.
- Dans ce cas si cela ne vous dérange pas, je vous tiendrais compagnie… Je peux même nous pêcher le déjeuner. Vous aimez le poison, j’espère ?
Il ne savait pas pourquoi mais cette proposition l’obligeant à partager son repas avec cet inconnu n’était pas pour lui déplaire.
- Pourquoi pas, j’ai des haricots à la sauce tomate pour la garniture.
- Parfait !
Il se hissa sur le rocher ne mis que quelques minutes à monter une ligne qui fut vite mise à l’eau. Ennis suivait des yeux tous ses gestes. Jack se retourna brusquement, le bleu de ses yeux venant lui transpercer le cœur.
- Vous avez …Euh, Tu as besoin d’un coup de main, peut-être ?
- Et si tu disais simplement, Ennis…Non, ça va aller.
- Ok ! Ennis, alors.

Le sourire qu’il arborait, ses mèches de cheveux noir corbeau qui dépassaient sous le chapeau, son visage. Il ne savait plus à quel Jack, il s’adressait. En remontant jusqu’à son pick-up pour le décharger, il s’était retourné à plusieurs reprises, de dos l’illusion était presque parfaite. Seulement Jack Twist l’attendait sur la montagne et ce n’était pas une illusion.

Quand il arriva de nouveau sur la rive chargé comme un mulet, Jack du haut de son rocher l’interpella.
- Ennis ! Regarde, j’ai déjà fait une prise.
À bout de bras celui-ci tenait par la queue un poison de bonne taille, qui frétillait encore.
- Pas mal ! Mais nous sommes deux… Un deuxième serait le bienvenu.
Jack éclata de rire.
- Les poissons m’aiment bien, tu verras. J’espère que tu as faim ?

Pendant qu’il installait le camp, il échangea quelques mots avec ce Jack de substitution. Il prenait sans le vouloir de plus en plus de plaisir à parler de chose et d’autre avec cet inconnu. Ils se passèrent même à plusieurs reprises une flasque de whiskey comme il l’avait fait par le passé avec son Jack, l’alcool avait un effet euphorisant et déliait les langues. En début d’après-midi sur un coin de la grille noircie par la fumée des feux de bois, deux boîtes de conserves ouvertes pleines de haricots voyaient leurs contenus se rechauffer à feu doux. Ennis surveillait la cuisson des deux poissons dans la poêle qu’il agitait sous les flammes. Jack avait fait de son mieux, mais après plusieurs heures passées sur son rocher, seul ces deux poissons avaient mordu à l’hameçon. Il avait fini par abandonner l’idée d’une pêche miraculeuses et remballait son matériel.
- Où est ce foutu élastique…passablement énervé il se tourna vers l’étendue d’eau. Satanés poissons !

Ennis l’écoutait avec beaucoup de plaisir, il se demandait à quel moment les cannes finiraient à l’eau. Cela lui rappelait les débordements de Jack Twist, qui s’énervait pour un oui ou pour un non ce qui l’amusait énormément. Il jeta un œil dans la poêle.
-Yup ! Je crois que c’est cuit…C’est prêt !
Jack préféra renverser le contenu de sa boite de conserve sur le poison fumant, alors qu’Ennis avait gardé l’habitude de manger ses haricots à même la boîte.
- Ennis dit moi … Tu viens souvent t’isoler de la sorte et communier avec la nature.
- En fait, non… seulement deux ou trois fois dans l’année.
- Et toi, la pêche s’est un vrai passe temps ?
- Ça me vient de mon père…, mais avec le temps j’y ai pris goût.
- Sinon à part la pêche, tu fais quoi dans la vie ?
- Je travaille à l’aéroport, Je fais le plein en kérosène des avions…
Jack déposa son assiette sur le sol, s’empara du paquet de cigarettes dans la poche de sa chemise et en alluma une.
- Ce n’est pas passionnant, mais ça paye bien.
Il lui tendit son paquet de blonde.
- Excuse, tu en veux une ?
Ennis posa à son tour son assiette sur le sol et ouvrit une nouvelle flasque de whiskey avant de prendre une cigarette dans le paquet tendu à bout de bras.
- Yup ! Merci… Tu en veux ?
Il lui tendait la flaque et lui versa une rassade de whiskey dans son gobelet en métal, qu’il porta aussitôt à ses lèvres.
- Wouah, ça arrache !
Il lui sourit et fixa son regard sur le ciel qui s’assombrissait.
- J’espère que c’est une fausse alerte. Ces gros nuages ne me disent rien qui vaille.
- Ennis, je peux te poser une question indiscrète ?
Celui-ci se cala sur son siège pliant et acquiesça d’un signe te tète.
- Il y a une madame Del Mar ?
- Non…Quoi plus maintenant.
- Je suis désolé…Excuse moi, je ne voulais pas …
- Ne t’excuse pas, je suis juste divorcé.
Jack qui contemplait le ciel senti le regard d’Ennis se poser sur lui. Il baissa les yeux et le fixa.
- Non…J’ai bien eu quelques aventures d’un soir…si c’est ce que tu veux savoir.
- Ce n’est pas moi qui te donnerais des conseils.

Il détourna la tête rapidement, attiré par le bruit de grosses gouttes de pluie martelant les assiettes dans lesquelles les arêtes de poisson rebondissaient sous leurs coups.
- Yup ! C’est parti… On ferait bien de se mettre à l’abri sous la tente.
Ils se retrouvèrent rapidement sous la tente igloos ou de l’ouverture, ils observaient le déluge, Jack pointa du doigt les assiettes sur le sol.
- Regarde ! On n’aura pas à faire la vaisselle.
Les assiettes étaient déjà pleine d’eau, les restes de leur repas avaient disparu sous la force de l’eau récurrente. Le ciel n’était plus qu’une masse compacte noire. Ennis alluma la lampe à gaz. La nuit semblait être tombée d’un coup, ils n’y voyaient plus grand-chose dans cette pénombre.
- Merde ! J’ai laissé le whiskey…
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, Jack se précipita hors de la tente pour récupérer le précieux breuvage. Quand il se laissa tomber de nouveau dans la tente celui-ci était trempé jusqu’aux os. Il tendit à Ennis la flasque ruisselante qui tremblait dans sa main.
- Jack, nom de dieu ! Défait moi tout ça t’est trempé. Tu vas attraper la mort.
Celui-ci s’exécuta et c’est à moitié nu qu’il se retrouva tremblant de froid au milieu de la tente. Ennis saisi rapidement une des couvertures pour le couvrir et lui frotta énergiquement les épaules. Ces deux mains, qui tenaient encore la couverture comme l’on tient un col de chemise, se figèrent quand deux autres mains vinrent se poser sur les siennes. Deux grands yeux bleus le regardaient avec insistance, Jack laissait la distance se réduire, il sentait la respiration d’Ennis s’accélérer alors que sa bouche se rapprochait inexorablement de la sienne. Leurs lèvres finirent par se rencontrer dans un chaste baiser. Ennis se ressaisit rapidement et le repoussa sans brutalité.
- Jack… Je ne peux pas.
- Ce n’est pas grave Ennis… Je comprends.
Ennis lui caressa la main.
- Ça n’a rien à voir avec toi … crois-moi.

Ce qu’il ne pouvait lui dire, c’était que le visage qu’il voyait appartenait à un autre Jack, mais il venait de lui faire un précieux cadeau et il ne pouvait lui en vouloir d’avoir été aussi audacieux. Son cœur appartenait à un autre et même si l’illusion était presque parfaite, il ne pouvait laisser les choses aller plus loin. C’était au risque de s’y perdre et de trahir la seule personne qu’il aimait. Il tendit la flasque de whiskey à Jack.
- Tient, boit en un peu, ça va te réchauffer…ça va mieux ?
- Oui, merci.

Une heure s’était écoulée quand la pluie cessa, la masse noire des nuages prenait enfin de la distance laissant apparaître de nouveau un coin de ciel bleu. Ennis éteignit la lampe à gaz et se tourna vers Jack allongé sous la couverture.
- Je vais faire un bon feu, il faut faire s’écher tout ça.
- Ennis ? Excuse moi pour …
Il lui sourit et prit ses vêtements mouillés avant de sortir de la tente.

Aux pieds des grands arbres à l’abri du feuillage, il trouva en quantité suffisante du bois assez sec pour entretenir un feu. Maintenant que les flammes rechauffaient l’air avoisinant qui finirait par sécher les vêtements posés sur le dossier des sièges pliants, Ennis assis en indienne regardait la montagne ou quelques nuages menaçants résiduels semblaient arrêté dans leurs courses folles par les sommets rocheux.
Il demandait silencieusement à Jack Twist de le pardonner pour ce qui était arrivé sous la tente et lui jurait qu’il n’avait rien prémédité. Il baissa la tête dans ses yeux les larmes comme de petites vagues brillaient à la lueur des flammes. Jack emmitouflé dans la couverture vint s’asseoir à ses côtés.
- Ennis ?
Il releva la tête et se tourna vers son compagnon d’infortune. Jack se sentait coupable à plus d’un titre de voir autant de tristesse dans ses yeux.
- S’il te plaît, Ennis…Pas ça …Je ne voulais pas…
- Ce n’est en rien ta faute … C’est une longue histoire et je ne suis pas sûr que tu la comprennes, … il pointa d’un doigt la montagne, j’ai laissé mon cœur sur une montagne comme celle-ci, il s’appelait Jack comme toi.
- J’envie ce Jack …Il peut être fier de toi.
Ennis se redressa comme fortifié par les paroles qu’il venait d’entendre et se tourna vers celui qui venait de lui en faire grâce.
- Tu es quelqu’un de bien.
Jack lui donna un coup d’épaule.
- Je sais, …il arborait un large sourire. On n’arrête pas de me le dire.

On dit souvent, qu’après la pluie vient le beau temps et pour ne pas déroger à la règle, le soleil était réapparu. Sur le sol ne restait déjà plus aucune trace du déluge. Jack avait abandonné la couverture et retrouvé ses vêtements secs légèrement froissés.
- Merci, Ennis, je me sens bien mieux comme ça.
- Yup ! Tu ressembles à un cow-boy maintenant.
Il avait profité de l’absence de Jack rejugé sous la tente pour préparer une pleine cafetière de café noir. Il venait de remplir les gobelets et lui tendait l’un d’eux.
- Tiens, boit ça. Cela te fera du bien.
- Wouah ! Café maison, c’est mieux qu’au Motel… Je reviendrais.
- Tu peux rester si tu veux, la tente est bien assez grande pour deux.
- Ce serait avec plaisir, mais demain je reprends du service. Les avions ne décolleront pas si je ne suis pas à mon poste demain.

Pour Ennis la proposition venait du cœur. Il aurait aimé que Jack reste ne serait-ce qu’une journée de plus. Il avait de la sympathie pour cet homme et lui avait accordé sa confiance.
- C’est dommage.
- Je reviendrais, Ennis. Il jeta un œil sur sa montre. Bon, ce n’est pas que je m’embête en ta compagnie, mais il faut que j’y aille, j’ai des kilomètres à faire.
Il se leva, ressembla ses affaires et se planta devant Ennis qui venait de se lever.
- Ennis, il lui serra la main. J’espère vraiment te revoir un jour.
- Yup ! Fait bon voyage.
Il suivit du regard Jack remonter le sentier. Quand celui-ci disparu après lui avoir adressé un dernier signe de la main, il reprit place autour du feu de bois.

De nouveau il se retrouvait seul. La nuit était tombée rapidement, il frissonna, une brise descendant de l’est tournoyait aux dessus des eaux, qui ondulaient sur son passage amenant le froid. Jack devait être arrivé à bon port maintenant. Il réalisa qu’il ne savait même pas où il vivait. Il travaillait sur un aéroport, celui-ci ne pouvait se situer que bien plus haut au sud de l’état. Il se leva et se dirigea vers la tente où il prit la couverture pour en couvrir ses épaules. Assis face aux flammes, il se surprit à sourire en repensant à cette journée. Reverrait-il un jour ce Jack ? Cela paraissait peu probable. En tout cas il en garderait un bon souvenir. Il remplit de nouveau son gobelet de café.

Comme une luciole immobile posée sur une tenture de velours noir, le point lumineux d’un feu de camps perdu au cœur d’une nature sauvage dessinait sur les troncs et le feuillage des grands arbres l’ombre d’un cow-boy solitaire. De son enclave, Jack avait suivi ce repère dans la nuit, comme l’étoile du berger guide le voyageur égaré et c’est dans le cœur de ce cow-boy qu’il trouva pour la nuit la douceur d’une couche ou se reposer.
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Jeu 18 Oct 2007 - 11:40

C'est de plus en plus difficile pour moi de te lire , Towmcar , les larmes ...............

une phrase m'a fait tiquer un peu """ Ses voyages au Mexique n’étaient que vengeance et résignation à l’indifférence d’un être pour qui il aurait donné sa vie. """
c'est vrai que je ne l'ai pas vu comme une vengeance du tout ,
surtout un besoin purement sexuel de ce que Ennis lui accordait si rarement ............non ?
je vois Jack totalement incapable de vengeance envers Ennis
mais je suis peut -être naïve aussi Embarassed

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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Jeu 18 Oct 2007 - 18:35

Coucou Wappa !

En effet vengeance et peut-être excessif mais tout dépend dans quelle circonstance tu en fais usage. Je me souviens d’avoir revue la scène de la rencontre entre Ennis et Jack juste après son divorce.

J’ai tenté de me mettre à la place de Jack, il faut bien avouer que sa situation à ce moment n’a vraiment rien de plaisant.

Dans les grandes lignes : Tu reçois de la personne que tu aimes une carte t’annonçant son divorce, tu fais donc 14H de voiture pour le rejoindre avec la certitude que maintenant tout est possible et en définitif c’est une grossière erreur, il t’envoie sur les roses !

Pour moi, il n’y a pas photo, Jack devait être en colère …….

Nous aurions aussi pu prendre le passage au bord de la rivière et tous ceux que le film ne nous montre pas, car nous connaissons le comportement d’Ennis avec Jack !

Comme nous savons aussi que pour Jack, Ennis est bien le seul et l’unique…..

Quel serait ton comportement dans ce cas ?
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Jeu 18 Oct 2007 - 19:41

Coucou Towncar Wink

Mais c'est à dire que je ne pensais pas que son passage au Mexique était le premier , c'est vrai qu'on découvre cette scène juste après son désespoir de ne pas être resté avec Ennis mais pour moi , ce n'était pas la 1ère fois , donc pas forcément une vengeance mais de la colère à ce moment oui , c'est plus que certain , je suis d'accord avec toi ...........
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MessageSujet: Re: Retour à Brokeback Mountain   Jeu 18 Oct 2007 - 21:42

Si je puis me permettre d'intervenir dans votre conversation, dans la nouvelle d'Annie Proulx, il y a deux passages qui sont assez interressant au vu de ce que vous dites

"-(...) Tu le fais avec d'autres types Jack ?
-Merde, non repondit Jack qui avait monté autre chose que des taureaux. Tu le sais bien "
(la scene se passe dans l'hotel où ils partent lors de leurs premieres retrouvailles, apres quatre ans de separation )

""T'es deja allé au Mexique, Jack ?" Le Mexique, c'etait l'endroit. Il en avait entendu parler. Il franchissait les limites à present, s'avançant dans la zone où l'on tire a vue.
"Tu parles que j'y suis allé. Où est le probleme ?". Il s'etait preparé pendant des années, et voila que ça arrivait tard et sans prevenir.
(s'ensuit une dispute sur laquelle je passerais )
Mesure la longueur de cette sacrée laisse avec laquelle tu me tiens, et ensuite pose moi des questions sur le Mexique et dis moi que tu vas me tuer parce que j'ai besoin de ça, alors que je ne le fais presque jamais. Tu ne peux pas imaginer a quel point c'est devenu insupportable. Je ne suis pas toi. Je ne peux pas me contenter d'un coup ou deux tirés dans les montagnes une fois ou deux par an "


Ces deux passage favorisent, selon moi,l'hypothese de Wappa, selon laquelle il n'y aurait pas de vengence dans le fait que Jack aille au Mexique.
Neanmoins, il est vrai que dans le film, c'est un peu plus trouble, vu que la scene du Mexique se passe apres celle où Jack rejoint Ennis qui lui a annoncé son divorce... Mais je ne pense quand même pas que la vengence soit ce qui prime....
bien entendu, ce n'est qu'une analyse parmi d'autres....
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